Redeker est un philosophe qui connût son heure de gloire lorsqu’il publia dans Le Figaro une tribune intellectuellement consternante contre l’islam – «Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?» (19 septembre 2006) – tribune essayant de faire croire que l’islam seul exalte haine et violence dans ses textes sacrés, et lavant ses antécédents juifs et chrétiens, puis leur sécularisation occidentale, de tout soupçon. Cette tribune lui avait valu des menaces de mort d’excités islamistes, réaction prévisible et encore plus affligeante, mais donnant finalement une bonne image des rapports humains vus à travers le prisme dogmatique de croyances monothéistes. En ce jour de Toussaint, le voici donc qui revient nous faire la retape pour la mort. Sympathique intention. Son propos repose sur deux piliers : la science peut nous rendre immortels ; l’homme est l’être-pour-la-mort dont l’existence prend sens dans une temporalité finie. Le premier point relève pour le moment de la science-fiction, pas de la science. Les projets les plus ouvertement orientés vers une prolongation indéfinie de l’existence humaine (et les plus réalistes), comme SENS d’Aubrey de Grey, n’ont nullement fait leur preuve de concept. Allonger l’espérance de vie d’un ver nématode ou d’une souris ne signifie pas rendre l’homme immortel. Gagner 10, 30 ou 50 ans d’espérance de vie en bonne santé serait déjà un exploit extraordinaire dans l’horizon prévisible de la biomédecine. Et sur son horizon plus lointain, on peut dire tout et n’importe quoi, c’est-à-dire faire de la fiction. Se livrer à cet exercice est utile à des fins édifiantes, mais le ton des prophètes (de malheur ou de bonheur) s’accorde mal à celui de la science.
En admettant à titre de fiction que l’homme parvienne à se régénérer perpétuellement, le propos de Redeker serait-il recevable ? Non. Il n’existe aucune raison particulière de faire de la conscience humaine de la mort une inférence nécrophile selon laquelle cette conscience serait éternellement condamnée à célébrer la mort comme sa condition. On observe d’ailleurs le contraire, comme Redeker s’en désole : une partie des humains s’engage dans une lutte ouverte contre leur faiblesse, leur déclin, leur disparition, et ils le font précisément en raison de leur conscience. On doit donc supposer que les certitudes morales, métaphysiques ou philosophiques d’un humain destinalement dédié à la mort demandent quelques amendements.
Illustration : Joel-Peter Wikin, Le Baiser, 1982. Tous droits réservés à la Galerie Baudouin Lebon.
4 commentaires:
Dans quelques centaines d'années, ou plus tôt, soit on sera retourné au stade primitif, car tout aura sauté, soit on aura ENFIN compris que l'homme détient un corps astral, qui sort du corps physique au moment de la mort, et on aura ENFIN trouvé le moyen d'entrer en connexion avec les morts, ce qui fera perdre d'ailleurs beaucoup de charme au Père Lachaise, et qui fera perdre beaucoup de charme à la mort aussi et pertubera grandement la planète comme l'a très bien décrit Bernard Werber dans les thantonautes.
http://www.blogparanormal.com/parapsychologie/parapsychologie-entretien-avec-gregory-gutierez-auteur-du-livre-%C2%ABles-aventuriers-de-lesprit%C2%BB/
même si je ne tiens pas particulièrement le quotidien haut dans mon cœur, je suis littéralement effarée que de telles débilités soient parues dans ses colonnes - c'est visiblement la crise quoi
Bonjour,
Entièrement d' accord avec vous. Allonger l’ espérance de vie et conférer à l’ homme la vie éternelle n’ est pas la même chose. Améliorer les conditions biologiques d’ homo sapiens vers un état plus désirable ( moins de maladies, une vie plus longue, …) n’ est pas choquant mais même souhaitable.
Enfin, vous avez mille fois raison de souligner que l’ immortalité relève pour le moment de la science-fiction. Et tant mieux. S’ agissant de l’ immortalité, l’ un des arguments valables, à mes yeux, contre une éventuelle éternité de l’homme tient dans la remarque de Woody Allen : « l’ éternité c’ est long, surtout vers la fin... « .
En outre, l' immortalité poserait le problème nécessaire du choix des générations d’ humains rendus immortels et de leur non remplacement. En effet, la fin de la mort rend nécessaire la fin des naissances sous peine de surpopulation.
Ce qui est rigolo quand on a des contacts avec l'au delà, c'est que la vie sur terre est une épreuve très dure en fait, et que c'est mille fois mieux de l'autre côté, donc non seulement l'humain pérénénise le cycle des naissances, mais maintenant il ne veut plus mourir! Je ne m'inquiète pas, car si nous vivions plus vieux, nous aurions aussi plus de sagesse sans doute, et plus de temps pour explorer des fréquences différentes. Mais disons que de mon point de vue, c'est très drôle ce genre d'article.
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