9.12.08

Des souvenirs dans les gènes

On admet que la mémoire se forme dans le cerveau, et que certaines configurations des neurones y stockent les souvenirs. Mais comme les protéines liant ces neurones au niveau des jonctions synaptiques ne cessent de se dégrader et de se recréer dans le temps, on peut se demander : comment font certains souvenirs pour rester intacts à travers les décennies ? C’est un peu la version cérébrale du paradoxe grec de la barque. Courtney A. Miller et David Sweatt, neurobiologistes à l’Université de l’Alabama (Birmingham), suggèrent que les souvenirs pourraient être directement stockés dans l’ADN, à travers un processus appelé méthylation. Celle-ci consiste en l’adjonction d’un ensemble moléculaire (groupe méthyl) sur les cytosines de l’ADN, ce qui va moduler l’expression des gènes, inhibant certains ou activant d’autres. Cette modulation des gènes persisterait dans le temps, conformerait leur production moléculaire et expliquerait le maintien des souvenirs. Miller et Sweatt avaient déjà montré en 2007 que les enzymes méthyltransférases (DNMTs) à l’œuvre dans le processus de méthylation jouent un rôle dans la formation de la mémoire des rongeurs lors d’un apprentissage conditionné (Miller 2007). Ce premier travail concernait l’hippocampe. Dans une recherche ultérieure, évoquée au dernier meeting de la Société américaine des neurosciences, ils ont montré qu’un processus de transfert de groupe méthyl se déroule également dans les cellules du cortex, et cela plusieurs jours après une expérience d’apprentissage. «On pense que nous observons ainsi des souvenirs de court terme se formant dans l’hippocampe et se transformant lentement en souvenirs de long terme dans le cortex», a expliqué Courtney Miller.

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