tag:blogger.com,1999:blog-5587186803050466494.post-7224739279727861792008-12-11T19:47:00.003+01:002008-12-11T19:54:14.544+01:002008-12-11T19:54:14.544+01:00L'enfant, la télé et l'hyperactivitéDans une tribune au <a target="nouvellefenetre" href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/11/pour-une-television-adulte-par-eric-favey-et-bernard-stiegler_1129817_3232.html"><span style="font-style: italic;">Monde</span></a>, Eric Favey et Bernard Stiegler font la publicité de leur croisade contre la télévision pour les enfants. Leur papier s’ouvre ainsi : <span style="font-style: italic;">«Au mois de mai 2007, Frederic Zimmerman et Dimitri Christakis ont publié dans la revue américaine Pediatrics un article établissant, sur la base d'une enquête concernant 3 300 familles américaines, que l'exposition prématurée des enfants aux médias audiovisuels provoquait des désordres graves, favorisant en particulier l'apparition de symptômes que la nosologie américaine décrit comme caractéristiques d'une pathologie appelée attention deficit disorder (trouble déficitaire de l'attention/hyperactivité) confirmant ainsi une hypothèse que ces auteurs avaient soutenue en 2004 dans la même revue, selon laquelle la consommation audiovisuelle précoce engendrerait une modification de la synaptogénèse, et affecterait ainsi la formation du cerveau infantile et de son appareil psychique.»</span><br /><br />Quelques précisions tout de même là-dessus. Le travail initial de 2004 cité par les auteurs (<a target="nouvellefenetre" href="http://pediatrics.aappublications.org/cgi/content/abstract/113/4/708">Christakis et al. 2004</a>) a été contesté deux ans plus tard par d’autres chercheurs (<a target="nouvellefenetre" href="http://pediatrics.aappublications.org/cgi/content/abstract/117/3/665">Stevens et Mulsow 2006</a>) n’ayant pas retrouvé d’association significative (taille d’effet quasi-nulle). Une autre recherche a retrouvé cette association entre le trouble d’hyperactivité avec décifit de l’attention (ADHD) et l’exposition précoce à la télévision, mais elle conclut pour sa part qu’il est impossible de dire <span style="font-style: italic;">«si les niveaux élevés d’exposition à la télévision sont une cause ou une conséquence des symptômes d’ADHD»</span> (<a target="nouvellefenetre" href="http://jpepsy.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/jsl035v1">Miller et al. 2007</a>). Dans leur travail plus récent de 2007, Zimmerman et Christakis ont analysé différents types de contenu regardé par les enfants à 1 et 3 ans (enfants contrôlés ensuite à 7 et 8 ans pour l’ADHD). Ils en concluent que les émissions à contenus éducatifs ne sont pas associées au trouble psychologique, alors que les divertissements (violents ou non violents le sont). A partir de 4 ans, on ne trouve plus de lien entre les heures passées devant la télé et l’ADHD (<a target="nouvellefenetre" href="http://pediatrics.aappublications.org/cgi/content/abstract/120/5/986">Zimmerman et Christakis 2007</a>).<br /><br />Le lien est donc au minimum un peu plus complexe que ne le laissent entendre Favey et Stiegler. Le débat scientifique et médical ne semble pas réellement tranché sur le sens exact de la corrélation, ni sur sa robustesse (il faudrait par ailleurs discuter de la nosologie de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, sa validité étant elle-même débattue vu les effets de mode en psychiatrie).<br /><br />Le principal problème à mes yeux est qu’un enfant d’un ou trois ans n’allume généralement pas la télévision tout seul. C’est-à-dire que ce sont ses parents qui le placent devant le poste, ou bien qui lui laissent le téléviseur accessible. Si l’enfant est invité ou laissé libre de passer des heures à regarder chaque jour la télé avant trois ans, je pense que ses parents ont une certaine probabilité d’avoir eux-mêmes quelques problèmes psychologiques. Je pourrais faire l'hypothèse qu’ils ont une capacité cognitive peut-être inférieure à la moyenne, mais on me comprendra mieux si je l’exprime plus directement : seuls des abrutis finis achèvent d’abrutir devant une télé leurs gosses déjà mal partis dans la vie…<br /><br /><span style="font-style: italic;">(Le reste de l'article consiste à dire in fine que les pouvoirs publics doivent contrôler les médias ou leur usage, car ces médias occupent une place centrale dans l'imaginaire contemporain et menacent le socle éducatif de la démocratie moderne. J'ai évidemment de gros doutes sur cette manière de poser les problématiques. Sur ma critique des travaux de Stiegler, voir aussi ici : </span><a style="font-style: italic;" href="http://www.mutageneses.com/2008_02_01_archive.html">Désir, esprit, capital</a><span style="font-style: italic;">)</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='http://res1.blogblog.com/tracker/5587186803050466494-722473927972786179?l=www.mutageneses.com'/></div>Charles Mullerhttp://www.blogger.com/profile/05183344966229571119noreply@blogger.com4