tag:blogger.com,1999:blog-5587186803050466494.post-92063945129036114822008-12-23T17:05:00.002+01:002008-12-23T17:14:33.857+01:002008-12-23T17:14:33.857+01:00GPA : les haptodivagations de la fille DoltoIl a fallu supporter les approximations de la mère pendant des décennies, voilà que la fille prend la relève… Catherine Dolto exprime dans <a target="nouvellefenetre" href="http://www.lefigaro.fr/debats/2008/12/27/01005-20081227ARTFIG00001-meres-porteuses-l-humanite-de-l-enfant-en-peril-.php"><span style="font-style: italic;">Le Figaro</span></a> toute l’horreur que lui inspirent les mères porteuses (GPA : gestation pour autrui). Le journal titre carrément <span style="font-style: italic;">«l'humanité de l'enfant en péril»</span>. Je croyais au début qu’un savant fou avait conçu de faire porter un bonobo ou un macaque à une femelle humaine. Mais non, c’est un simple effet de la surenchère verbale en ce domaine, devenue le lot commun de la média-moralisation à base émotive. Mais ce titre, nous allons le voir, reprend assez fidèlement les divagations de madame Dolto fille. Laquelle, signalons-le au passage, est <span style="font-style: italic;">«haptopsychothérapeute»</span> de profession. Ce qui est déjà à soi seul un objet de méditation.<br /><br />Alors que toute naissance est supposée être une joie, Catherine commence par un tableau cataclysmique. Sortez vos mouchoirs :<span style="font-style: italic;"> «Peu de voix se soucient de la charge de souffrances qui accompagneront inévitablement de tels dispositifs. Celle de la mère qui abandonne, celle de ses autres enfants (la future loi imposerait qu'elle en ait), celle de son compagnon et celle de l'enfant à naître, si poreux, dès la vie prénatale, aux affects de ceux qui l'entourent»</span>. De l’embryon à la grand-mère en passant par les voisins et le chien, on souffre donc de 7 jours à 77 ans dès lors qu’une femme porte l’enfant d’une autre.<br /><br />Et sur cette base lacrymale ayant déjà noyé nos meilleures défenses, elle enchaîne sans transition aucune par une question métaphysique : <span style="font-style: italic;">«Comment préserver le sentiment de sa dignité quand on est le résultat d'une transaction, d'un contrat, d'une livraison ?»</span> Non seulement la gestation pour autrui fait pleurer les chaumières, mais elle produit un pauvre petit être écrasé par l’indignité fondamentale dont sa conception est entachée. Sans doute un client potentiel pour une haptopsychothérapie…<br /><br />Mais attention : <span style="font-style: italic;">«Ce qui est en cause, c'est le statut de l'enfant comme sujet. En le traitant en objet convoité, auquel chacun a droit s'il peut payer, en lui proposant comme premier lien affectif, fondateur, un marché de dupes entre ses parents et une femme qui accepte d'être ainsi utilisée un temps pour disparaître ensuite, c'est l'humanité même de l'enfant que l'on met en péril».</span> Donc, on doit comprendre que le statut de sujet se déciderait pendant la gestation d’un individu au lieu de se construire au cours de son développement. C’est assez terrifiant, comme perspective, mais plus encore étonnant puisque le fœtus ou le bébé n’a pas tellement les bases neurales fonctionnelles nécessaires à ce processus de subjectivation. On notera que le discours est exactement celui de l’Église catholique dans ses attendus (l’œuf fécondé a déjà la dignité d’une personne, seul l’amour dans un couple peut présider à une naissance depuis le corps de la femme) sauf qu’au lieu d’être justifié par le dogme, il procède ici d’une dégoulinade de bons sentiments et d’une tartinade de moraline n’éprouvant apparemment pas le besoin de s’argumenter rationnellement.<br /><br />Poursuivons :<span style="font-style: italic;"> «La situation de l'enfant né d'une mère porteuse n'est pas comparable avec celle de celui qui est abandonné puis adopté. Ce dernier est conçu naturellement, même si c'est dans les conditions difficiles, sans projet d'abandon. Ce qui constitue une rupture éthique dont nous devons mesurer la gravité, c'est le nouage, au même instant, d'une procréation manipulée par la technique médicale et d'un abandon programmé. C'est dans l'intention que se joue l'essentiel. Cela se pratique déjà tous les jours chez les éleveurs qui veulent obtenir des animaux de qualité.»</span> Vous aurez noté que le problème semble ici l’<span style="font-style: italic;">intention</span> de la mère porteuse – la fameuse tarte à la crème de l’instrumentalisation du vivant. Mais plus loin :<br /><br /><span style="font-style: italic;">«Vers 1975, le nouveau-né était encore souvent considéré comme un tube digestif vaguement sophistiqué, sans émotions ni sentiments. Chercheurs et cliniciens du monde entier ont prouvé depuis combien cette vision erronée est pathogène. Ils ont validé les certitudes que certains psychanalystes avaient avancées dès 1939, disant que l'éducation commence bien avant la naissance. En effet, la vie affective du petit humain est intense dès son plus jeune âge. On sait maintenant qu'il n'y a non pas une, mais des mémoires. Ces mémoires multiples, inscrites dans la chair, influencent notre manière d'orienter nos vies. Tout être humain est en partie modelé par son histoire et celle de ses parents. Ses émotions pendant sa gestation laissent des traces profondes qui se manifesteront en terme de santé physique et psychoaffective au cours de sa vie. (…) Dès sa vie prénatale, l'enfant est curieux du monde qui les entoure, lui et sa mère. Bien avant d'avoir une audition, il perçoit les vibrations des sons. Très vite, il discrimine les voix. Ces traces mnésiques vocales perdurent étonnamment longtemps. (…) La façon dont la grossesse est survenue, dont elle a été acceptée, dont elle s'est déroulée, les circonstances de la venue au monde de chaque enfant, les sentiments de peur, d'angoisse, de joie, les sentiments de culpabilité qui entourent ces périodes, tout cela colore fortement le lien qui se tisse entre l'enfant et sa famille. Dans les heures qui suivent son arrivée dans le monde aérien, il est essentiel que le nouveau-né puisse se dire : ‘C'est bien eux, donc c'est bien moi.’»</span><br /><br />Donc, après avoir incriminé l’<span style="font-style: italic;">intention</span> de la mère porteuse et des parents (coupable et comparable à celle d’un éleveur de bétail), voilà maintenant que le problème réside dans les <span style="font-style: italic;">liens affectifs</span> entre le fœtus et la mère. Le registre n’a évidemment rien à voir, le premier est un jugement de valeur, le second un jugement de fait. Quant à ces fameux liens affectifs, ils sont assez curieux sous la plume de Catherine Hapto, pardon Dolto. D’abord, elle simplifie et caricature des questions assez complexes et ouvertes en science, relatives à la biologie du développement, aux échanges placentaires, à l’empreinte maternelle et l’épigénétique, à la maturation neurale et la synaptogenèse, à l’effet de réponses immunes et inflammatoires sur le fœtus, etc. Tous ces sujets – très passionnants mais relativement spéculatifs et où les données expérimentales sont encore rares – deviennent un gloubi-boulga aussi imprécis que généreux. D’où il ressort que le fœtus entrerait en fusion émotive avec sa mère et développerait une mémoire postnatale de cette fusion, au point que toute séparation ultérieure deviendrait un traumatisme définitif. À ce compte-là, les nombreux enfants abandonnés ou orphelins seraient tous de grands malades de la vie.<br /><br />L’article s’achève sur un bouquet final où l’enfonçage de portes ouvertes le dispute au recyclage d’idées anciennes : <span style="font-style: italic;">«L'humain est un mammifère singulier, d'une espèce nidicole, dont les petits ne peuvent se développer sans un entourage protecteur pendant les premières années. Nous dépendons des autres, mais d'une manière différente des animaux qui vivent en groupe. Avoir inventé le néocortex fait de nous des mammifères dotés de parole et de mémoire. L'imaginaire, le symbolique, la parole, nous rendent assoiffés d'amour, de sécurité, de besoin d'espérer. Il existe un lien étroit et actif entre la manière dont une société encadre la gestation et la petite enfance et l'évolution que les enfants ainsi traités feront subir à leur cadre social. La question qui se pose implicitement à toutes les cultures est la suivante : comment tirer le petit mammifère humain vers son humanité plutôt que l'abandonner à ses pulsions de consommateur, y compris dans son rapport à autrui ? Cette question en entraîne une autre : comment canaliser la violence pour permettre la vie en groupe ?».</span> Tout cela n’a absolument plus rien à voir avec les mères porteuses, sauf si elles sont implicitement accusées d’accoucher de consommateurs à pulsions violentes – mais alors, pas mal d’humains doivent être nés en gestation pour autrui, il suffit de regarder autour de soi...<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Sur le même sujet :</span><br /><a href="http://www.mutageneses.com/2008/12/les-jumelles-nes-en-zone-de-non-droit.html">Les jumelles, nées en zone de non-droit, troublent l'ordre public</a><br /><a href="http://www.mutageneses.com/2008/07/mres-porteuses-la-secte-psychanalytique.html">Mères porteuses : la secte psychanalytique s’invite au bal</a><br /><a href="http://www.mutageneses.com/2008/06/qui-peur-des-mres-porteuses.html">Qui a peur des mères porteuses ?</a><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='http://res1.blogblog.com/tracker/5587186803050466494-9206394512903611482?l=www.mutageneses.com'/></div>Charles Mullerhttp://www.blogger.com/profile/05183344966229571119noreply@blogger.com11