Dans une interwiew à paraître jeudi dans Capital, dont NetEco publie des extraits, Xavier Niel (actionnaire majoritaire de l’opérateur internet Free) annonce qu’il entend faire de la résistance aux manœuvres liberticides de l’Etat français (loi Création et Internet) :
« Nous avons d'abord envie de nous battre contre la loi Hadopi, qui crée une Haute Autorité de lutte contre le piratage sur Internet. Un organisme destiné à donner des coups de bâton sur les doigts des Français. Économiquement, cela n'a aucun impact sur nous, mais certaines de ses dispositions nous paraissent liberticides. Car ce qui se dessine, en dépit de l'opposition de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, du Conseil d'état et du parlement européen, c'est bel et bien le flicage systématique de nos abonnés. »
Et il rappelle à l’occasion que l’internaute n’ayant pas de télévision (c’est mon cas et celui d’un nombre croissant de personnes) sera pénalisé par une nouvelle taxe du même Etat liberticide, cela afin de financer le défaut de recettes publicitaires de sa télévision publique :
« En France, on ponctionne les secteurs qui marchent au profit de ceux qui peinent. C'est bizarre, venant d'un libéral comme notre président. On n'a pas eu le courage d'augmenter la redevance, mais ce sont bien les consommateurs qui paieront, avec l'illusion que ce n'est pas l'Etat qui ponctionne. »
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24.7.08
Noms d'oiseaux, de rongeurs et autres plaisirs intellectuels français
Alain Badiou a été suspecté d’antisémitisme par deux grands spécialistes de la question (le soupçon, pas l’antisémitisme) : Pierre Assouline sur son blog, Bernard-Henri Lévy dans Le Monde avant-hier (voir ici). Dans une tribune du même Monde, Badiou assume son utilisation des métaphores zoologiques :
« Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ? On ne peut pas toujours comparer les gens à des aigles, comme on l'a fait pour Bossuet, ni même à des bœufs, comme ce fut le cas pour le président du conseil Joseph Laniel, ou encore à des renards, comme c'était courant s'agissant de Mitterrand. »
Voilà donc un jeu amusant pour l’été, dont les règles sont au juste niveau du débat intellectuel français : trouvez le nom d’animal que mérite l’objet de votre inimitié. J’aurai hélas du mal à y jouer pour ma part : il m’a toujours semblé qu’ « humain » était le pire des qualificatifs animaliers, mon imagination zoologique dans l’imprécation se bloque à la simple contemplation de mes congénères, et plus encore lorsqu’ils sont mes concitoyens.
Humains français, donc, encore un effort pour être Mutants…
« Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ? On ne peut pas toujours comparer les gens à des aigles, comme on l'a fait pour Bossuet, ni même à des bœufs, comme ce fut le cas pour le président du conseil Joseph Laniel, ou encore à des renards, comme c'était courant s'agissant de Mitterrand. »
Voilà donc un jeu amusant pour l’été, dont les règles sont au juste niveau du débat intellectuel français : trouvez le nom d’animal que mérite l’objet de votre inimitié. J’aurai hélas du mal à y jouer pour ma part : il m’a toujours semblé qu’ « humain » était le pire des qualificatifs animaliers, mon imagination zoologique dans l’imprécation se bloque à la simple contemplation de mes congénères, et plus encore lorsqu’ils sont mes concitoyens.
Humains français, donc, encore un effort pour être Mutants…
Libellés :
Analyses
Mères porteuses : la secte psychanalytique s'invite au bal
Nous avions déjà signalé ici les premières manœuvres de la secte catholique pour s’opposer aux mères porteuses (gestation pour autrui, GPA). Voici dans Libération le premier tir de barrage de la secte psychanalytique, sous les plumes de Myriam Szejer (fondatrice de l’association La cause des bébés) et Jean-Pierre Winter (président du Mouvement du coût freudien). Cette alliance entre religion et psychanalyse, que d’aucuns jugeraient contre-nature, est devenue au fil des ans un tropisme français pour les questions éthiques relatives à l’homosexualité, la conception ou l’adoption. Décryptage.
"Le débat sur la gestation pour autrui, intensifié après le rapport du Sénat, serait-il politique au point de faire de ses adversaires des réactionnaires et de ses partisans des progressistes, comme si toute assistance médicale à la procréation était a priori un progrès social ? Comme si, a priori, avant même d’en avoir mesuré les enjeux, tout nouveau mode d’assistance médicale à la procréation était un progrès social."
Personne ne parle de progrès social : des couples et un tiers (la mère porteuse) choisissent un mode de conception. Placer cette question sous l’angle de l’opposition réactionnaire / progressiste est un moyen de noyer l’enjeu réel : la liberté procréative des individus. Que certains jugent cette liberté comme un progrès, d’autres comme une régression est indifférent.
*
"Ce n’est pas parce que quelques-uns, étiquetés - à tort ou à raison - de droite, défendent une position, que celle-ci ne relève que de leur morale ou de leurs choix politiques. Que toutes les religions, par exemple, interdisent de tuer n’autorise pas les non-religieux à légitimer le meurtre. Il se trouve simplement, et il en va ainsi de l’interdit de l’inceste, que les fondements scientifiques et philosophiques qui aboutissent à ces interdits ne sont pas nécessairement contradictoires avec certains énoncés moraux ou religieux."
Ainsi, il n’aura fallu qu’une dizaine de lignes pour voir apparaître l’objectif : l’interdit. Comme l’observait Freud, « le progrès social et technique de l'humanité a été moins préjudiciable au tabou qu'au totem » (Totem et tabou).
*
"Certes, l’infertilité est un drame et, selon les défenseurs de la gestation pour autrui (GPA), l’amour suffirait pour éviter à l’enfant tout problème lié à son mode de conception. Outre qu’habituellement ce sont les religions qui privilégient la compassion et l’amour, recourir à des arguties rhétoriques pour balayer des faits psychiques aujourd’hui avérés s’apparente à une dénégation. Enoncer que tout acte réel dans le corps (en particulier chez le bébé) s’inscrit durablement et symboliquement n’est pas du naturalisme. Le reproche fait à la médecine moderne de séparer le corps de l’esprit ne s’applique-t-il pas au militantisme pour les gestations pour autrui ?"
Enoncer que « tout acte réel dans le corps s’inscrit durablement et symboliquement » n’est en effet pas du naturalisme : comme tel, sans autre précision, c’est du charlatanisme ou de la pensée magique. Ce genre de proposition n’a aucun sens : derrière le « symbolique », on place absolument ce que l’on veut, un certain code d’interprétation des inscriptions matérielles du corps. La secte psychanalytique développe sa propre interprétation : fort bien pour elle, mais qu’elle cesse de nous casser les couilles avec sa foi naïve dans la vérité et l’universalité de celle-ci.
*
"On oublie que la prescription de fécondation in vitro nécessaire à cette GPA cautionnée par la science équivaut à une «ordonnance d’abandon». Or l’importance de l’épigénétique (1) sur le développement physique et psychique du fœtus est connue, de même que celle du lien affectif entre la femme enceinte et l’enfant qu’elle porte et les effets délétères de la séparation mère-bébé à la naissance (a fortiori lorsqu’elle est définitive)."
Voilà donc nos deux magiciens qui tentent d’asseoir l’interdit sur une base rationnelle. L’importance de l’épigénétique est connue, nous disent-ils. Certes. Plein de choses sont ainsi connues, cela ne suffit pas à définir nos règles de conduite : encore faut-il préciser quelle est au juste l’importance de l’épigénétique, en quoi elle affecte le rapport enfant / mère porteuse / mère adoptive, en quoi cela justifie l'intervention de l'Etat. L’épigénétique ici mentionnée de manière allusive, c’est simplement la manière dont l’environnement utérin va conduire à l’expression variable de certains gènes (empreinte maternelle). En quoi ce processus biochimique impose-t-il quoique ce soit au destin futur de l’enfant, et surrout à son malheur / bonheur d'être adopté ? Mystère. Quant aux « effets délétères » de la séparation mère-bébé à la naissance, on aimerait que ceux ci soient mesurés et expliqués, au lieu d’être assénés comme une vulgaire assertion de psychologie populaire. En fait, le propos revient à dire que tout enfant abandonné ou adopté souffrira dans son existence de déséquilibres psychiques. Malheureusement, aucune étude empirique de ma connaissance ne vient conforter ce préjugé. Même des méta-analyses sur des enfants adoptés par des couples homosexuels (la double « horreur symbolique » pour la psychanalyse) ne concluent pas que les enfants présentent une plus grande vulnérabilité (par exemple Vecho et Schneider 2005).
*
"Pour ne pas couper ce lien, les médecins posent le nouveau-né sur le sein de sa mère après l’accouchement, afin de lui restituer ses repères anténatals mémorisés et inscrits pour lui comme identitaires. Ils ont inventé les unités kangourous, le «peau à peau» et l’hospitalisation mère-bébé, car c’est dans le post-partum précoce que se construisent les fondements du narcissisme de l’humain. Pédiatres et accoucheurs ont vu combien ces pratiques amélioraient le pronostic des survies, la longueur des hospitalisations, le succès des allaitements. Comment pourraient-ils parallèlement prescrire l’abandon ? Ce ne sont pas des gamètes que le nouveau-né reconnaît comme mère, mais celle qui l’a porté. On sait que la blessure de l’abandon, incicatrisable tant chez l’abandonné que chez l’abandonnante, fonctionne comme une amputation bilatérale du Moi. Les adoptions les plus réussies ne parviennent pas à en effacer la trace consciente et inconsciente, car cela reviendrait pour le psychisme de l’enfant comme pour celui de la mère à renoncer à une partie de lui-même."
Bienvenu au pays des « jargonautes ». Il est tout de même amusant d’observer que la secte psychanalytique, connue pour son dégoût du déterminisme biologique, vend à ses ouailles un déterminisme symbolique autrement plus implacable : tout se joue à la naissance, le « narcissisme », les « blessures incicatrisables », les « amputations bilatérales », etc.
*
"Il relève de notre responsabilité de ne pas autoriser une pratique dont l’enfant sera délibérément la victime."
Donc, on refuse la gestion pour autrui au nom de la responsabilité pour autrui. Autrui n’a rien demandé, bien sûr, mais cela n’empêche pas Szejet et Winter d’édicter ce qui est Bon et Bien pour lui. Misère du moralisme quand il essaie de se draper des oripeaux de l’objectivité…
*
"Arrêtons de privilégier, sans les travailler de surcroît, les blessures liées à la stérilité et de penser les bébés abandonnés uniquement en termes de social, de charité religieuse ou humanitaire, ou de «droit à l’enfant». Avec ce que nous enseignent la science et la psychanalyse, on ne peut plus se contenter des bons sentiments pour réfléchir à l’abandon, l’adoption et l’assistance médicale à la procréation."
Mais bien sûr, allons plus loin, « avec ce que nous enseignent la science et la psychanalyse », on ne peut pas laisser tout le monde procréer, il faut d’abord que la Sainte Alliance des Néo-Bigots Eclairés donne son autorisation à un acte aussi important.
*
"Le débat ne se situe pas entre progressistes et réactionnaires mais, comme traditionnellement en obstétrique, entre l’intérêt de la mère et celui de l’enfant, soit ici celui de divers adultes face à celui d’un bébé à naître."
Non, il faut le dire et le répéter, en essayant de rester calme (là, j’ai de plus en plus de mal) : le débat se situe entre la liberté adoptive et procréative de l’individu d’un côté, et l’éternelle caste des directeurs de corps et de conscience, qui prétendent définir à sa place son intérêt, ses choix, ses valeurs.
*
"La procréation n’est pas uniquement une histoire mécanique de mère et d’enfant. Toute la famille se trouvera ainsi bousculée. La société également en raison de la transformation des lois de la filiation qui en découlera. Quand il avalise cette théorie qui sépare le corps de l’esprit, le corps social entier est responsable."
Et allons donc : voilà l’hideux, le grotesque, l’informe « corps social entier » qui est appelé à la barre par les adeptes de la pensée magique. On a trop peur de se réclamer de l’Etat ou de l’Eglise, l’introuvable Société est posée comme arbitre. Ou plutôt comme gardien de prison.
*
"On nous reprochera de faire preuve d’un déterminisme abusif en insistant sur la psychopathologie induite par de telles conditions de naissance. Mais l’est-ce plus que d’affirmer péremptoirement que tout ira bien si l’on n’a pas menti à l’enfant à propos de l’aspect technique de ses origines. Comme si une loi pouvait obliger qui que soit à énoncer une vérité dont nous savons qu’elle est impossible à dire."
Oui, ça l’est beaucoup plus (péremptoire) : une pensée magique n’ayant aucun fondement scientifique (la psychanalyse) produit des affirmations gratuites sur la vie psychique des individus et prétend ériger sur ces sables mouvants un interdit général. C’est cela qui est grave, pas la manière dont une mère choisira (ou non) d’expliquer ses conditions de naissance à son enfant.
*
"Il ne faut pas légaliser la programmation de drames à venir. Un écart entre ce que la loi autorise et ce qui est toléré dans ses marges est à respecter ; c’est cette possibilité qui différencie une dictature d’une démocratie."
Verbiage creux, aux grands mots les petits remèdes. La gestation pour autrui restera dans les marges car elle correspond à des situations bien précises, différentes les unes des autres, minoritaires dans les comportements humains (des couples stériles choisissant cette méthode parmi d’autres, des couples homosexuels, ou bien pourquoi pas des femmes désirant un enfant mais n’éprouvant que répulsion pour la grossesse et ses désagréments). Ceux qui nous ont expliqué l’impératif de l’interdit fondé sur la double nécessité de leur pensée magique personnelle et du corps social entier s’estiment sûrement bien placés pour donner des leçons sur la dictature. Après tout, on leur concèdera au moins cette connaissance intuitive et intime du penchant dictatorial.
"Le débat sur la gestation pour autrui, intensifié après le rapport du Sénat, serait-il politique au point de faire de ses adversaires des réactionnaires et de ses partisans des progressistes, comme si toute assistance médicale à la procréation était a priori un progrès social ? Comme si, a priori, avant même d’en avoir mesuré les enjeux, tout nouveau mode d’assistance médicale à la procréation était un progrès social."
Personne ne parle de progrès social : des couples et un tiers (la mère porteuse) choisissent un mode de conception. Placer cette question sous l’angle de l’opposition réactionnaire / progressiste est un moyen de noyer l’enjeu réel : la liberté procréative des individus. Que certains jugent cette liberté comme un progrès, d’autres comme une régression est indifférent.
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"Ce n’est pas parce que quelques-uns, étiquetés - à tort ou à raison - de droite, défendent une position, que celle-ci ne relève que de leur morale ou de leurs choix politiques. Que toutes les religions, par exemple, interdisent de tuer n’autorise pas les non-religieux à légitimer le meurtre. Il se trouve simplement, et il en va ainsi de l’interdit de l’inceste, que les fondements scientifiques et philosophiques qui aboutissent à ces interdits ne sont pas nécessairement contradictoires avec certains énoncés moraux ou religieux."
Ainsi, il n’aura fallu qu’une dizaine de lignes pour voir apparaître l’objectif : l’interdit. Comme l’observait Freud, « le progrès social et technique de l'humanité a été moins préjudiciable au tabou qu'au totem » (Totem et tabou).
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"Certes, l’infertilité est un drame et, selon les défenseurs de la gestation pour autrui (GPA), l’amour suffirait pour éviter à l’enfant tout problème lié à son mode de conception. Outre qu’habituellement ce sont les religions qui privilégient la compassion et l’amour, recourir à des arguties rhétoriques pour balayer des faits psychiques aujourd’hui avérés s’apparente à une dénégation. Enoncer que tout acte réel dans le corps (en particulier chez le bébé) s’inscrit durablement et symboliquement n’est pas du naturalisme. Le reproche fait à la médecine moderne de séparer le corps de l’esprit ne s’applique-t-il pas au militantisme pour les gestations pour autrui ?"
Enoncer que « tout acte réel dans le corps s’inscrit durablement et symboliquement » n’est en effet pas du naturalisme : comme tel, sans autre précision, c’est du charlatanisme ou de la pensée magique. Ce genre de proposition n’a aucun sens : derrière le « symbolique », on place absolument ce que l’on veut, un certain code d’interprétation des inscriptions matérielles du corps. La secte psychanalytique développe sa propre interprétation : fort bien pour elle, mais qu’elle cesse de nous casser les couilles avec sa foi naïve dans la vérité et l’universalité de celle-ci.
*
"On oublie que la prescription de fécondation in vitro nécessaire à cette GPA cautionnée par la science équivaut à une «ordonnance d’abandon». Or l’importance de l’épigénétique (1) sur le développement physique et psychique du fœtus est connue, de même que celle du lien affectif entre la femme enceinte et l’enfant qu’elle porte et les effets délétères de la séparation mère-bébé à la naissance (a fortiori lorsqu’elle est définitive)."
Voilà donc nos deux magiciens qui tentent d’asseoir l’interdit sur une base rationnelle. L’importance de l’épigénétique est connue, nous disent-ils. Certes. Plein de choses sont ainsi connues, cela ne suffit pas à définir nos règles de conduite : encore faut-il préciser quelle est au juste l’importance de l’épigénétique, en quoi elle affecte le rapport enfant / mère porteuse / mère adoptive, en quoi cela justifie l'intervention de l'Etat. L’épigénétique ici mentionnée de manière allusive, c’est simplement la manière dont l’environnement utérin va conduire à l’expression variable de certains gènes (empreinte maternelle). En quoi ce processus biochimique impose-t-il quoique ce soit au destin futur de l’enfant, et surrout à son malheur / bonheur d'être adopté ? Mystère. Quant aux « effets délétères » de la séparation mère-bébé à la naissance, on aimerait que ceux ci soient mesurés et expliqués, au lieu d’être assénés comme une vulgaire assertion de psychologie populaire. En fait, le propos revient à dire que tout enfant abandonné ou adopté souffrira dans son existence de déséquilibres psychiques. Malheureusement, aucune étude empirique de ma connaissance ne vient conforter ce préjugé. Même des méta-analyses sur des enfants adoptés par des couples homosexuels (la double « horreur symbolique » pour la psychanalyse) ne concluent pas que les enfants présentent une plus grande vulnérabilité (par exemple Vecho et Schneider 2005).
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"Pour ne pas couper ce lien, les médecins posent le nouveau-né sur le sein de sa mère après l’accouchement, afin de lui restituer ses repères anténatals mémorisés et inscrits pour lui comme identitaires. Ils ont inventé les unités kangourous, le «peau à peau» et l’hospitalisation mère-bébé, car c’est dans le post-partum précoce que se construisent les fondements du narcissisme de l’humain. Pédiatres et accoucheurs ont vu combien ces pratiques amélioraient le pronostic des survies, la longueur des hospitalisations, le succès des allaitements. Comment pourraient-ils parallèlement prescrire l’abandon ? Ce ne sont pas des gamètes que le nouveau-né reconnaît comme mère, mais celle qui l’a porté. On sait que la blessure de l’abandon, incicatrisable tant chez l’abandonné que chez l’abandonnante, fonctionne comme une amputation bilatérale du Moi. Les adoptions les plus réussies ne parviennent pas à en effacer la trace consciente et inconsciente, car cela reviendrait pour le psychisme de l’enfant comme pour celui de la mère à renoncer à une partie de lui-même."
Bienvenu au pays des « jargonautes ». Il est tout de même amusant d’observer que la secte psychanalytique, connue pour son dégoût du déterminisme biologique, vend à ses ouailles un déterminisme symbolique autrement plus implacable : tout se joue à la naissance, le « narcissisme », les « blessures incicatrisables », les « amputations bilatérales », etc.
*
"Il relève de notre responsabilité de ne pas autoriser une pratique dont l’enfant sera délibérément la victime."
Donc, on refuse la gestion pour autrui au nom de la responsabilité pour autrui. Autrui n’a rien demandé, bien sûr, mais cela n’empêche pas Szejet et Winter d’édicter ce qui est Bon et Bien pour lui. Misère du moralisme quand il essaie de se draper des oripeaux de l’objectivité…
*
"Arrêtons de privilégier, sans les travailler de surcroît, les blessures liées à la stérilité et de penser les bébés abandonnés uniquement en termes de social, de charité religieuse ou humanitaire, ou de «droit à l’enfant». Avec ce que nous enseignent la science et la psychanalyse, on ne peut plus se contenter des bons sentiments pour réfléchir à l’abandon, l’adoption et l’assistance médicale à la procréation."
Mais bien sûr, allons plus loin, « avec ce que nous enseignent la science et la psychanalyse », on ne peut pas laisser tout le monde procréer, il faut d’abord que la Sainte Alliance des Néo-Bigots Eclairés donne son autorisation à un acte aussi important.
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"Le débat ne se situe pas entre progressistes et réactionnaires mais, comme traditionnellement en obstétrique, entre l’intérêt de la mère et celui de l’enfant, soit ici celui de divers adultes face à celui d’un bébé à naître."
Non, il faut le dire et le répéter, en essayant de rester calme (là, j’ai de plus en plus de mal) : le débat se situe entre la liberté adoptive et procréative de l’individu d’un côté, et l’éternelle caste des directeurs de corps et de conscience, qui prétendent définir à sa place son intérêt, ses choix, ses valeurs.
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"La procréation n’est pas uniquement une histoire mécanique de mère et d’enfant. Toute la famille se trouvera ainsi bousculée. La société également en raison de la transformation des lois de la filiation qui en découlera. Quand il avalise cette théorie qui sépare le corps de l’esprit, le corps social entier est responsable."
Et allons donc : voilà l’hideux, le grotesque, l’informe « corps social entier » qui est appelé à la barre par les adeptes de la pensée magique. On a trop peur de se réclamer de l’Etat ou de l’Eglise, l’introuvable Société est posée comme arbitre. Ou plutôt comme gardien de prison.
*
"On nous reprochera de faire preuve d’un déterminisme abusif en insistant sur la psychopathologie induite par de telles conditions de naissance. Mais l’est-ce plus que d’affirmer péremptoirement que tout ira bien si l’on n’a pas menti à l’enfant à propos de l’aspect technique de ses origines. Comme si une loi pouvait obliger qui que soit à énoncer une vérité dont nous savons qu’elle est impossible à dire."
Oui, ça l’est beaucoup plus (péremptoire) : une pensée magique n’ayant aucun fondement scientifique (la psychanalyse) produit des affirmations gratuites sur la vie psychique des individus et prétend ériger sur ces sables mouvants un interdit général. C’est cela qui est grave, pas la manière dont une mère choisira (ou non) d’expliquer ses conditions de naissance à son enfant.
*
"Il ne faut pas légaliser la programmation de drames à venir. Un écart entre ce que la loi autorise et ce qui est toléré dans ses marges est à respecter ; c’est cette possibilité qui différencie une dictature d’une démocratie."
Verbiage creux, aux grands mots les petits remèdes. La gestation pour autrui restera dans les marges car elle correspond à des situations bien précises, différentes les unes des autres, minoritaires dans les comportements humains (des couples stériles choisissant cette méthode parmi d’autres, des couples homosexuels, ou bien pourquoi pas des femmes désirant un enfant mais n’éprouvant que répulsion pour la grossesse et ses désagréments). Ceux qui nous ont expliqué l’impératif de l’interdit fondé sur la double nécessité de leur pensée magique personnelle et du corps social entier s’estiment sûrement bien placés pour donner des leçons sur la dictature. Après tout, on leur concèdera au moins cette connaissance intuitive et intime du penchant dictatorial.
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Analyses
21.7.08
De quoi Lévy est-il le nom ?
En réaction à l’affaire Siné (un humoriste viré de Charlie Hebdo pour avoir ironisé sur la conversion au judaïsme du fils Sarkozy en vue d’un mariage avec l’héritière Darty), B.-H. Lévy beurre une longue tartine dans Le Monde. Il suggère « le rappel des principes simples que l'on a, dans cette empoignade, tendance à perdre de vue ». Et enfile des banalités et des généralités pour conclure (oh surprise) que l’on n’a pas le droit de penser et dire ce que l’on veut.
Alors je rappelle ici mon principe simple : liberté d’expression de toutes les opinions. A commencer par celles que l’on juge personnellement les plus fausses, les plus mauvaises, les plus dangereuses, c’est-à-dire celles qui mettent réellement à l’épreuve le principe dont on se réclame. N’y souscrirais-je pas que j’appellerais depuis longtemps aux autodafés de la Bible et du Coran, ces livres pestilentiels en vente libre…
Une telle position conduit-elle au désastre de la pensée ? On en a un laboratoire aux États-Unis : le nazisme, l’antisémitisme, le négationnisme ou le racisme n’ont pas contaminé les esprits de cette population malgré le premier amendement du Bill of Rights (qui, depuis 1791, survit assez bien à son grand âge). En revanche, la liberté d’expression comme principe n’empêche personne de la restreindre pour lui-même et pour son média. Les acteurs privés font ce qu’ils veulent dans les lieux d’expression dont ils sont propriétaires, ils interdisent certaines opinions s’ils le désirent, et ils expulsent en conséquence les contrevenants à leurs règles.
Le reste, c’est du blabla, toute personne qui veut faire taire les autres en transformant certaines opinions en délits est un censeur. Et tout censeur qui n’a même pas le courage de s’assumer comme tel double sa lamentable intolérance d’une insupportable hypocrisie.
(Quant à Siné et Val, je m’en fous comme de ma première mitose, les vieillards de Charlie Hebdo font ce qu’ils veulent dans leur hospice. Idem pour le fils Sarkozy et la fille Darty, dont les fiançailles sont tout de même le sujet le moins intéressant du monde, ex-aequo avec la tribune de Lévy).
Alors je rappelle ici mon principe simple : liberté d’expression de toutes les opinions. A commencer par celles que l’on juge personnellement les plus fausses, les plus mauvaises, les plus dangereuses, c’est-à-dire celles qui mettent réellement à l’épreuve le principe dont on se réclame. N’y souscrirais-je pas que j’appellerais depuis longtemps aux autodafés de la Bible et du Coran, ces livres pestilentiels en vente libre…
Une telle position conduit-elle au désastre de la pensée ? On en a un laboratoire aux États-Unis : le nazisme, l’antisémitisme, le négationnisme ou le racisme n’ont pas contaminé les esprits de cette population malgré le premier amendement du Bill of Rights (qui, depuis 1791, survit assez bien à son grand âge). En revanche, la liberté d’expression comme principe n’empêche personne de la restreindre pour lui-même et pour son média. Les acteurs privés font ce qu’ils veulent dans les lieux d’expression dont ils sont propriétaires, ils interdisent certaines opinions s’ils le désirent, et ils expulsent en conséquence les contrevenants à leurs règles.
Le reste, c’est du blabla, toute personne qui veut faire taire les autres en transformant certaines opinions en délits est un censeur. Et tout censeur qui n’a même pas le courage de s’assumer comme tel double sa lamentable intolérance d’une insupportable hypocrisie.
(Quant à Siné et Val, je m’en fous comme de ma première mitose, les vieillards de Charlie Hebdo font ce qu’ils veulent dans leur hospice. Idem pour le fils Sarkozy et la fille Darty, dont les fiançailles sont tout de même le sujet le moins intéressant du monde, ex-aequo avec la tribune de Lévy).
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Êtes-vous thymotique ou érotique ?
Une nouvelle philosophie de l’histoire : voilà qui ne répugne jamais à un penseur allemand, surtout quand il s’appelle Peter Sloterdijk. Des fureurs thymotiques aux tiédeurs érotiques, introduction aux variations d’humeur qui ponctuent l’évolution du monde.
Zorn une Zeit : le titre allemand claque mieux que sa traduction française, Colère et temps. Quel est donc l’objet du nouvel opus du philosophe allemand Peter Sloterdijk ? La place de la psychologie en politique, et plus particulièrement la place de la colère dans le destin occidental. Pourquoi cette émotion-là ? Elle figure dans les textes fondateurs de la tradition européenne. L’Iliade s’ouvre ainsi : « Chante-nous, Déesse, la colère d’Achille… ». Ce n’est pas qu’une anecdote : à des années-lumière de notre présent attiédi, le monde antique est saturé d’émotions fortes. Les hommes y agissent encore selon la colère, la fierté, l’ambition, l’indignation, l’orgueil, la vanité, l’amour-propre. Partout s’exprime « la volonté élevée d’affirmation de soi et de combativité » : on ne fuit pas la querelle, on la cherche, on la cultive, on entretient le feu intérieur et insatiable comme condition du prestige. Sloterdijk qualifie ce trait de thymotique, du grec thymos, mot que l’on traduit habituellement par « humeur » mais qui désigne « ‘l’organe’ dans la poitrine des héros et des êtres, celui d’où part les grands élans (…) le foyer d’excitation du Soi fier ».
La thymotique, donc, en place à l’aube de la civilisation européenne, mise en scène dans les furies d’Oreste ou les frénésies de Médée. Et au-delà du monde grec et romain, bien sûr : l’Ancien Testament dégorge de cette colère, celle du Dieu courroucé et vengeur intervenant désormais dans l’histoire, celle du peuple élu par ce dieu qui passe volontiers en son nom ses voisins au fil de l’épée. Le Deutéronome en est un concentré biblique. Et la colère de dieu, version judéo-chrétienne des anciennes fureurs sacrées, est un thème récurrent de l’art occidental. Partout s’observe donc cette « accumulation primitive de la colère ». Il serait sans doute légitime ici d’écarter le champ de vision ouvert par Sloterdijk pour constater que la condition humaine dans son ensemble, celle que l’on observe dans les sociétés paléolithiques ou néolithiques, a longtemps fait la part belle à cette thymotique : où est la paisible douceur du monde bourgeois et moderne dans cette succession ininterrompue de bagarres, rapines, escarmouches, insurrections, révoltes, révolutions, guerres, croisades… Violence au village, bataille des chefs, guerre des nations, chocs des religions : le monde traditionnel est saturé d’une conflictualité s’alimentant à la thymotique. En contraste, la fameuse « civilisation des mœurs » (Norbert Elias) paraît un trait récent de l’histoire humaine. La guerre était la règle, la paix l’exception.
Pour Sloterdijk, l’analyse politique manque à son objet si elle n’inclut pas cette psychologie dans ses paramètres, cet « art de la direction psychopolitique de la communauté ». Il suggère donc une nouvelle « théorie des ensembles de fierté » : les groupes politiques sont placés sous tension thymotique ; les différentiels de tension entre les centres d’ambition créent le mouvement de l’histoire ; la rhétorique et la symbolique viennent formater les opinions en vue d’accroître les forces auto-affirmatives du collectif. De la même manière, Sloterdijk reproche à la psychanalyse d’avoir focalisé l’interprétation des humeurs humaines sur le seul érotique, en oubliant toute la charge des passions thymotiques. Tout ne se ramène pas à la libido dans les conflits du psychisme comme dans ceux de l’histoire : la prétention à la grandeur ou à la fierté, le désir de reconnaissance ou de puissance, l’affirmation superbe et le sacrifice destructeur relèvent d’autre chose que d’une simple économie libidinale détournée de son objet initial. (Ce n’en est pas ici le lieu, mais il serait intéressant d’interroger d’un point de vue darwinien cette distinction de l’érotique et de la thymotique, notamment la différence des sexes à leur égard : Sloterdijk ne le mentionne pas, mais l’exercice thymotique semble bien plus prisé par les hommes que par les femmes et cette compétition entre mâles pour la gloire ou le territoire pourrait bien nous ramener à des considérations sexuelles, après tout, quoique bien différentes de celles de Sigmund Freud et de ses épigones. )
Que la colère existe dans le corps social, soit ; mais encore faut-il la concentrer et la prélever pour la faire jaillir dans le corps politique. Le christianisme s’y employa à sa manière, en oscillant entre le discours d’amour et le discours d’imprécation, entre le Jésus humilié et le Jésus enragé, entre la pastorale et l’apocalyptique. Mais la grande expérience historique de la colère, l’immense soulèvement du « thymos des humiliés » fut, selon Peter Sloterdijk, l’aventure du communisme. Elle avait été précédée des premières explosions thymotiques de l’anarchisme – une fureur aveugle faisant de l’acte de destruction même le message politique signifiant, un concentré d’humeur explosant localement à la face du monde. Mais le communisme porta le germe des passions bien au-delà. Dans l’idéologie d’abord, où la division en classe et la dépossession systématique des « perdants » accumulent le sentiment d’humiliation, la volonté de revanche ; dans l’organisation ensuite, où le Komintern devient la « banque mondiale de la colère », en concurrence avec les « banques populaires » fascistes poursuivant le même but de captation thymotique de l’énergie des masses. L’ennemi est tout désigné : le bourgeois, l’exploiteur, le possédant. Et la colère se déchaîne, avec une violence qui sonne étrangement à nos oreilles désormais habituées à des mélodies plus sirupeuses. « L’hymne de la classe ouvrière sera désormais le chant de la haine et de la vengeance », titre la Pravda le 31 août 1918, quatre jours avant la promulgation des « décrets sur la terreur rouge » par Lénine, un texte qui légitime les prises d’otages et exécutions de masse. Dans la seconde guerre de Trente ans 1914-1945, qui ensanglante le monde depuis l’Europe, la thymotique libère toute sa puissance à l’âge des masses et des propagandes. Et quand le mouvement ralentit ici faute de combattants enterrés dans les camps ou les fronts, il se poursuit ailleurs, en Chine, au Cambodge, partout où la banque mondiale de la colère collecte suffisamment de dons dans la population pour organiser la vengeance. Ainsi s’écoula l’« ère des extrêmes », étrange mixte de passion radicale et de rationalité instrumentale, vaste dissipation des énergies humaines dans un conflit disproportionné paraissant aujourd’hui sans objet clairement compréhensible.
On notera au passage avec Sloterdijk, et avec Nietzsche en l’occurrence, que le conjonction politique et psychologique de la thymotique moderne, en accord avec la matrice judéo-chrétienne mais au contraire de la colère héroïque grecque, s’est faite sous l’angle du ressentiment – ce « venin de la vie ». L’islamisme pourrait-il reprendre l’étendard vengeur des humiliés ? Sloterdijk en doute. Les conditions sont là, certes, mais « la faiblesse de l’islam comme religion politique, qu’elle prenne une forme modérée ou radicale, tient à son orientation fondamentalement passéiste ». Des insurrections locales et sanglantes en des lieux où la pression démographique favorise la mobilisation des pulsions ? Sans doute. Une alternative globale organisant une nouvelle banque mondiale de la colère ? Peu probable. A l’encontre des idéologies communistes ou fascistes, l’islam n’a pas arrimé les pulsions thymotiques au train de la modernisation, c’est-à-dire qu’il n’organise pas les conditions d’existence technologiques, scientifiques et économiques de son expansion.
Au contraire, l’islamisme trouve face à lui un capitalisme mondialisé bien plus efficace dans son travail de maîtrise matérielle du monde. Et un capitalisme bien peu thymotique. Avec le marché mondialisé, sa consommation heureuse et sa production vertueuse, nous nous trouvons plutôt dans le registre de l’érotisme vulgarisé, la généralisation d’un état de manque et d’insuffisance qui trouve dans la recherche du gain supplémentaire ou l’achat du bien nouveau sa satisfaction très provisoire. Il existe bien sûr dans notre monde un capital intact de colère et d’ambition, chez les exclus comme chez les élites : mais leurs registres symboliques de traduction politique ont disparu. La colère ne se transfert plus sur l’histoire pour au moins trois raisons : elle n’a plus de « cellule opérationnelle », plus de « banque mondiale » susceptible de la collecter et de la transformer en action ; elle n’a plus de soutien intellectuel de qualité, les « barbus » hégéliens et marxistes ont disparu, les « barbus » musulmans psalmodient au lieu de penser ; elle n’a plus de support pour diffuser son grand récit, car les médias ne provoquent que des épidémies affectives très passagères, le moindre grand récit du futur étant vite égalisé avec le moindre petit commentaire du présent.
Sommes-nous donc condamnés à la fin de l’histoire dans une mortelle tiédeur ? Non. Les énergies thymotiques sont diffractées et disséminées, mais toujours bien présentes. Elles parcourent la civilisation globale émergente en quête de cristallisations locales ou d’aventures nouvelles. Elles investissent leur puissance dans des entreprises technologiques, économiques ou culturelles de transformation de la vie. Elles se débarrassent peu à peu du ressentiment haineux et de la vengeance sanguinaire. Le thymos s’est instruit de la stupidité des guerres et de la férocité des révolutions ; mais il n’a pas dit son dernier mot.
Référence :
Sloterdijk P. (2008), Colère et temps. Essai politico-psychologique, Libella-Maren Sell, 319 p., 26 euros.
(Nota : ce texte est initialement paru dans le magazine Chronic’Art).
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Analyses
19.7.08
L'inflation de la peur
Dans Le Figaro, un débat opposant Luc Ferry à Nathalie Kosciusko-Morizet sur l’environnement et l’écologisme. Bien que le premier ne nous ait pas vraiment habitués à des positions d’une originalité fulgurante, on doit bien admettre qu’il défend ici un bon sens minimal en rupture avec la sinistrose hexagonale. C’est dire où nous en sommes… Quelques extraits.
« Avec Hulot, nous avions proposé à Juppé en 1997 la mise en place d'un comité d'éthique consacré à l'environnement qui puisse enfin dire ce qui est vrai, faux, de l'ordre de la rumeur et ce qui est encore discutable ! Je suis pour qu'on prenne des précautions, mais les OGM me paraissent le modèle de ce que l'on doit faire aujourd'hui en matière d'écologie. Si on peut fabriquer des grains de maïs ou de blé qui poussent sans eau, sachant que l'eau est une ressource qui se raréfie, ce serait fabuleux. C'est cela qui sauvera l'humanité et pas de limiter la vitesse à 110 km/h. Évidemment, si on saccage la recherche avec la bénédiction de l'État, on n'y arrivera jamais !
(…)
Les OGM sont un cas particulier du génie génétique qui s'inscrit dans l'évolution scientifique la plus importante du XXe siècle. On n'a aucune idée de ce que va produire cette révolution. Deuxièmement, les écolos comme Bové s'en sont pris à la recherche sur les OGM, pas aux OGM eux-mêmes. Ils ont saccagé le travail de chercheurs. Il y a des enjeux symboliques derrière tout cela. On retrouve le mythe de Frankenstein. Frankenstein fait un monstre qui lui échappe. Certains écolos ne font rien d'autre que d'appliquer ce fantasme au grain de maïs. On ne dit même pas que le grain de maïs transgénique est dangereux, puisqu'on n'en sait rien. Tout cela témoigne d'une haine de la modernité.
(…)
Allègre donne le nom de climatologues qui ne sont pas d'accord avec les résultats du Giec, notamment sur les origines du changement climatique. Aujourd'hui, on a l'impression que c'est devenu une espèce de mérite d'avoir peur de tout. Peur du climat qui change, peur de la mondialisation, peur de la science qui s'emballe, etc. Je trouve préoccupante cette inflation de la peur dans notre société. Le principe de précaution est devenu l'alibi d'une forme de crainte généralisée. »
« Avec Hulot, nous avions proposé à Juppé en 1997 la mise en place d'un comité d'éthique consacré à l'environnement qui puisse enfin dire ce qui est vrai, faux, de l'ordre de la rumeur et ce qui est encore discutable ! Je suis pour qu'on prenne des précautions, mais les OGM me paraissent le modèle de ce que l'on doit faire aujourd'hui en matière d'écologie. Si on peut fabriquer des grains de maïs ou de blé qui poussent sans eau, sachant que l'eau est une ressource qui se raréfie, ce serait fabuleux. C'est cela qui sauvera l'humanité et pas de limiter la vitesse à 110 km/h. Évidemment, si on saccage la recherche avec la bénédiction de l'État, on n'y arrivera jamais !
(…)
Les OGM sont un cas particulier du génie génétique qui s'inscrit dans l'évolution scientifique la plus importante du XXe siècle. On n'a aucune idée de ce que va produire cette révolution. Deuxièmement, les écolos comme Bové s'en sont pris à la recherche sur les OGM, pas aux OGM eux-mêmes. Ils ont saccagé le travail de chercheurs. Il y a des enjeux symboliques derrière tout cela. On retrouve le mythe de Frankenstein. Frankenstein fait un monstre qui lui échappe. Certains écolos ne font rien d'autre que d'appliquer ce fantasme au grain de maïs. On ne dit même pas que le grain de maïs transgénique est dangereux, puisqu'on n'en sait rien. Tout cela témoigne d'une haine de la modernité.
(…)
Allègre donne le nom de climatologues qui ne sont pas d'accord avec les résultats du Giec, notamment sur les origines du changement climatique. Aujourd'hui, on a l'impression que c'est devenu une espèce de mérite d'avoir peur de tout. Peur du climat qui change, peur de la mondialisation, peur de la science qui s'emballe, etc. Je trouve préoccupante cette inflation de la peur dans notre société. Le principe de précaution est devenu l'alibi d'une forme de crainte généralisée. »
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Analyses
18.7.08
Violence, monothéisme et anthropologie (sur un discours de Benoît XVI)
A l’occasion des 23e journées mondiales de la jeunesse, Benoît XVI s’adresse aux fidèles depuis l’Australie. Quelques commentaires de deux extraits de son discours à l’occasion de la rencontre interreligieuse du 18 juillet 2008.
« L’Australie est renommée pour l’affabilité de ses habitants envers leurs prochains et envers les touristes. C’est une nation qui tient en grande considération la liberté de religion. Votre pays reconnaît que le respect de ce droit fondamental permet aux hommes et aux femmes d’adorer Dieu selon leur conscience, d’éduquer leur esprit et d’agir selon les convictions éthiques qui dérivent de leur croyance. »
En fait, les Australiens sont aussi réputés pour avoir réduit la population des natifs aborigènes par la maladie, la déportation et l’assimilation forcée. Car les colons européens étaient de bons chrétiens de leur temps, et ils ne pouvaient évidemment concevoir qu’un homme soit véritablement un homme sans « adorer Dieu selon leur conscience… chrétienne ». Mais bien sûr, on ne demandera pas aux catholiques de battre leur coulpe pour tout le monde. Pour un esprit athée et rationnel comme le mien, l’enjeu est clair : assumer l’héritage chrétien, c’est assumer une foi monothéiste ayant fait son devoir bimillénaire de convertir de gré ou de force les individus aux dogmes de sa vérité révélée. À peine sortirent-ils de l’état de minorité pour se saisir du pouvoir que les chrétiens mirent toute leur ardeur à briser les héritages, à domestiquer les corps et contraindre les esprits. Que le pape se félicite aujourd'hui du « droit fondamental » qu’est la liberté de croire ne fait oublier à personne que ce droit est né récemment, qu’il fut notamment alimenté par le rejet de l’intolérance chrétienne à l’âge des Lumières, que ce droit est encore bafoué par nombre de pouvoirs religieux, que le monothéisme est par sa métaphysique même (dieu unique, vérité révélée, interdit fondamental au croyant d’adorer un autre dieu et vénérer des idoles, etc.) la moins tolérante des religions à cet égard.
« La relation harmonieuse entre les religions et la vie publique est d’autant plus importante à une époque où certains en sont venus à considérer la religion comme une cause de division plutôt que comme une force d’unité. Dans un monde menacé par des formes inquiétantes et indiscriminées de violence, l’unité de pensée de tous ceux qui ont une croyance religieuse stimule les nations et les communautés à résoudre les conflits au moyen d’instruments pacifiques, en respectant pleinement la dignité humaine. Une des multiples manières dont la religion se met au service de l’humanité est celle d’offrir une vision de la personne humaine qui souligne notre aspiration innée à vivre avec magnanimité, en tissant des liens d’amitié avec nos prochains. Au sens le plus profond, les relations humaines ne peuvent être définies en termes de pouvoir, de domination et d’intérêt personnel. Au contraire, elles reflètent et perfectionnent l’inclination naturelle de l’homme à vivre en communion et en harmonie avec les autres. »
Le fait est que ce monde est plein de violences, et qu’il y a même des nœuds géographiques de violence répétitive. Par exemple le Moyen Orient où se retrouvent, par le plus grand des hasards, les trois monothéismes en conflit pour quelques tas de pierre symboliques (et leurs sous-sols pétrolifères, bien sûr). Il serait infantile de croire que la violence humaine se résume à la violence religieuse, et que la violence religieuse se réduit à la violence monothéiste. Mais le fait est que partout où des monothéistes ont le pouvoir, ils continuent d’utiliser la force. L’islam est pointé du doigt pour ses régimes barbares et son intolérance bas-du-front. Mais ce serait oublier le comportement de la première puissance militaire du monde : l’administration Bush dont les délires sur l’axe du Mal et les agressions impérialistes ne trouvent leur sens ultime que dans les croyances métaphysiques de leurs acteurs néo-conservateurs.
Au-delà, il est intéressant de noter que le pape continue de véhiculer des dénis anthropologiques de base. Au sens profond, comme il dit, les relations humaines ont toujours été des luttes de pouvoir, de domination et d’intérêt. Il n’existe aucune inclinaison naturelle à vivre en communion avec les autres en toute généralité, c’est même tout l’inverse : les hommes sont naturellement enclins à se diviser en groupes, à sacrifier des individus pour leur groupe, à se quereller pour des ressources, des partenaires, des réputations, des symboles. Les humains n’aiment pas les autres humains de manière abstraite et universelle : ils en aiment certains et en détestent d’autres, leurs philies comme leurs phobies sont inscrites dans la programmation biologique de leur espèce de singe conscient et violent, ils valorisent et dévalorisent d’un même mouvement. Même une soi-disant religion d’amour universel comme le christianisme l’a démontré pendant ses 2000 ans d’histoire : elle n’a fait que s’adapter à ce penchant humain universel, elle a donné lieu et servi de motif à des guerres internes (lorsque le christianisme s’est divisé en courants antagonistes) ou externes (contre les païens et les infidèles).
Le danger monothéiste (aujourd’hui moins catholique que juif ou musulman ou protestant), c’est justement de surimposer les critères absolus et universels de sa foi à cette tendance naturelle au conflit. Si la division du monde entre croyants et incroyants est la plus fondamentale, si le devoir du croyant est de lutter contre l’incroyance pour étendre la « vraie foi » sur Terre, la violence matérielle des hommes se double d’une violence métaphysique sans fin, sans autre fin possible que la conversion de tous les autres au discours unique de la vérité. Tant que le monothéisme ne reniera pas ses dogmes les plus fondamentaux, il restera ce virus mental qui transforme la tendance à croire en tendance à convertir, et la tendance à convertir en justification métaphysique d’une violence ubiquitaire.
La violence est faible au niveau individuel, immense au niveau collectif : les crimes les plus abominables, les plus nombreux ont toujours été commis dans des logiques de groupes, que celles-ci soient alimentées par les religions, les morales ou les idéologies, que celles-ci aient pour instrument les États ou les églises. Tel est l’enseignement de la rationalité critique appliquée à l’évolution et à l’histoire de notre espèce. Jamais on ne canalisera la violence humaine dans un sens créateur en déniant sa réalité et en ignorant ses mécanismes.
« L’Australie est renommée pour l’affabilité de ses habitants envers leurs prochains et envers les touristes. C’est une nation qui tient en grande considération la liberté de religion. Votre pays reconnaît que le respect de ce droit fondamental permet aux hommes et aux femmes d’adorer Dieu selon leur conscience, d’éduquer leur esprit et d’agir selon les convictions éthiques qui dérivent de leur croyance. »
En fait, les Australiens sont aussi réputés pour avoir réduit la population des natifs aborigènes par la maladie, la déportation et l’assimilation forcée. Car les colons européens étaient de bons chrétiens de leur temps, et ils ne pouvaient évidemment concevoir qu’un homme soit véritablement un homme sans « adorer Dieu selon leur conscience… chrétienne ». Mais bien sûr, on ne demandera pas aux catholiques de battre leur coulpe pour tout le monde. Pour un esprit athée et rationnel comme le mien, l’enjeu est clair : assumer l’héritage chrétien, c’est assumer une foi monothéiste ayant fait son devoir bimillénaire de convertir de gré ou de force les individus aux dogmes de sa vérité révélée. À peine sortirent-ils de l’état de minorité pour se saisir du pouvoir que les chrétiens mirent toute leur ardeur à briser les héritages, à domestiquer les corps et contraindre les esprits. Que le pape se félicite aujourd'hui du « droit fondamental » qu’est la liberté de croire ne fait oublier à personne que ce droit est né récemment, qu’il fut notamment alimenté par le rejet de l’intolérance chrétienne à l’âge des Lumières, que ce droit est encore bafoué par nombre de pouvoirs religieux, que le monothéisme est par sa métaphysique même (dieu unique, vérité révélée, interdit fondamental au croyant d’adorer un autre dieu et vénérer des idoles, etc.) la moins tolérante des religions à cet égard.
« La relation harmonieuse entre les religions et la vie publique est d’autant plus importante à une époque où certains en sont venus à considérer la religion comme une cause de division plutôt que comme une force d’unité. Dans un monde menacé par des formes inquiétantes et indiscriminées de violence, l’unité de pensée de tous ceux qui ont une croyance religieuse stimule les nations et les communautés à résoudre les conflits au moyen d’instruments pacifiques, en respectant pleinement la dignité humaine. Une des multiples manières dont la religion se met au service de l’humanité est celle d’offrir une vision de la personne humaine qui souligne notre aspiration innée à vivre avec magnanimité, en tissant des liens d’amitié avec nos prochains. Au sens le plus profond, les relations humaines ne peuvent être définies en termes de pouvoir, de domination et d’intérêt personnel. Au contraire, elles reflètent et perfectionnent l’inclination naturelle de l’homme à vivre en communion et en harmonie avec les autres. »
Le fait est que ce monde est plein de violences, et qu’il y a même des nœuds géographiques de violence répétitive. Par exemple le Moyen Orient où se retrouvent, par le plus grand des hasards, les trois monothéismes en conflit pour quelques tas de pierre symboliques (et leurs sous-sols pétrolifères, bien sûr). Il serait infantile de croire que la violence humaine se résume à la violence religieuse, et que la violence religieuse se réduit à la violence monothéiste. Mais le fait est que partout où des monothéistes ont le pouvoir, ils continuent d’utiliser la force. L’islam est pointé du doigt pour ses régimes barbares et son intolérance bas-du-front. Mais ce serait oublier le comportement de la première puissance militaire du monde : l’administration Bush dont les délires sur l’axe du Mal et les agressions impérialistes ne trouvent leur sens ultime que dans les croyances métaphysiques de leurs acteurs néo-conservateurs.
Au-delà, il est intéressant de noter que le pape continue de véhiculer des dénis anthropologiques de base. Au sens profond, comme il dit, les relations humaines ont toujours été des luttes de pouvoir, de domination et d’intérêt. Il n’existe aucune inclinaison naturelle à vivre en communion avec les autres en toute généralité, c’est même tout l’inverse : les hommes sont naturellement enclins à se diviser en groupes, à sacrifier des individus pour leur groupe, à se quereller pour des ressources, des partenaires, des réputations, des symboles. Les humains n’aiment pas les autres humains de manière abstraite et universelle : ils en aiment certains et en détestent d’autres, leurs philies comme leurs phobies sont inscrites dans la programmation biologique de leur espèce de singe conscient et violent, ils valorisent et dévalorisent d’un même mouvement. Même une soi-disant religion d’amour universel comme le christianisme l’a démontré pendant ses 2000 ans d’histoire : elle n’a fait que s’adapter à ce penchant humain universel, elle a donné lieu et servi de motif à des guerres internes (lorsque le christianisme s’est divisé en courants antagonistes) ou externes (contre les païens et les infidèles).
Le danger monothéiste (aujourd’hui moins catholique que juif ou musulman ou protestant), c’est justement de surimposer les critères absolus et universels de sa foi à cette tendance naturelle au conflit. Si la division du monde entre croyants et incroyants est la plus fondamentale, si le devoir du croyant est de lutter contre l’incroyance pour étendre la « vraie foi » sur Terre, la violence matérielle des hommes se double d’une violence métaphysique sans fin, sans autre fin possible que la conversion de tous les autres au discours unique de la vérité. Tant que le monothéisme ne reniera pas ses dogmes les plus fondamentaux, il restera ce virus mental qui transforme la tendance à croire en tendance à convertir, et la tendance à convertir en justification métaphysique d’une violence ubiquitaire.
La violence est faible au niveau individuel, immense au niveau collectif : les crimes les plus abominables, les plus nombreux ont toujours été commis dans des logiques de groupes, que celles-ci soient alimentées par les religions, les morales ou les idéologies, que celles-ci aient pour instrument les États ou les églises. Tel est l’enseignement de la rationalité critique appliquée à l’évolution et à l’histoire de notre espèce. Jamais on ne canalisera la violence humaine dans un sens créateur en déniant sa réalité et en ignorant ses mécanismes.
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Analyses
Le crime d'inhumanité me donne le Bourdon
L’imagination des intellectuels est toujours fertile. Dans Libération, William Bourdon (avocat, président de Sherpa - réseau international de juristes qui œuvrent en faveur d’une mondialisation humanisée) propose la création d’un « crime d’inhumanité », qui formerait le pendant « passif » du crime contre l’humanité dans les cas où l’inaction d’un État conduit à la mort d’une partie de sa population. Par exemple lorsque la junte birmane a bloqué les secours internationaux.
« (…) N’est-il pas temps alors d’introduire un nouveau crime « d’inhumanité » qui coïnciderait avec le refus absolu d’un État de permettre à la communauté internationale de porter secours à des populations en danger de mort, à l’issue de très grandes catastrophes. Le refus délibéré d’un État de respecter son obligation fondamentale de protéger ses citoyens et, par conséquent, de les vouer à une mort certaine, dès lors qu’il peut conduire à une immense tragédie, permet de considérer qu’il s’agit d’un crime international.
Un crime contre l’humanité par action, offense l’humanité dans ses valeurs les plus constitutives. Par omission, un tel comportement l’offense aussi. En hissant un tel crime au rang des crimes internationaux, le Conseil de sécurité serait plus enclin à prendre des résolutions sur le fondement du chapitre VII et ainsi autoriser l’usage de la force pour permettre l’accès aux victimes. Le risque d’être traîné dans le box à la CPI, encouru par ceux qui laissent cyniquement leur population mourir massivement, pourrait parfois peut-être dissuader de continuer à laisser se commettre le pire. Mettre sur le même plan les victimes de toutes les plus grandes tragédies naturelles et humaines pourrait obliger le Conseil de sécurité à leur porter secours sans discrimination et la CPI à en juger tous les responsables. (…) »
Qu’est-ce que le droit d’ingérence ? En simplifiant, c’est devenu le pouvoir que s’accordent certains États (démocraties libérales) à attaquer d’autres États sous prétexte qu’ils ne respectent pas leur morale (droits de l’homme, posés comme universels). Cela correspond au moment historique (1970-2000) où, selon l’expression de Marcel Gauchet, « les droits de l’homme sont devenus une politique » : en leur nom, certaines puissances agressent d’autres puissances, dans la perspective d’universaliser concrètement une certaine vision de l’individu et de ses droits fondamentaux. Les droits de l’homme se transforment en machine de guerre entre la partie de l’humanité s’en réclamant et celle ne s’en réclamant pas.
Le problème à mon sens est qu’ainsi pris en otage dans le « grand jeu » de la politique mondiale, les droits de l’homme se trouvent totalement vidés de leur substance et de leur esprit originel. Car la seule lecture cohérente de ces droits est de nature individualiste et négative : ils posent des libertés de l’individu face à son propre gouvernement ; ils n’incluent aucune obligation vis-à-vis d’autrui, dans sa propre société ou au-delà. En d’autres termes, c’est aux individus de défendre leurs libertés, y compris en autodéfense face aux gouvernements qui voudraient les en priver, mais certainement pas en devoir d’assistance aux autres individus de la planète, particulièrement lorsque ce devoir prend la forme de la violence étatique. Un tel altruisme érigé en obligation, c’est toujours l’État qui le crée et l’impose, pour servir en dernier ressort ses intérêts d’État et sa logique de groupe (fut-elle légitimée par une démocratie formelle).
Si les démocraties libérales respectaient vraiment les droits de l’homme, elles n’auraient donc aucune capacité d’intervenir dans le monde, comme le souhaitent William Bourdon et avec lui les sectateurs de l’interventionnisme humaniste. Ces démocraties libérales comme États ne peuvent développer leur puissance militaire qu’en prélevant de manière obligatoire la richesse des individus à cette fin. En tant qu’individu, mon adversaire premier n’est pas l’État birman, mais l’État français qui prétend me mobiliser de force pour faire la morale, voire la guerre, à l’État birman. Et les tenants de la guerre juste ne seront jamais à mes yeux que les idiots utiles au service de telles violences étatiques.
« (…) N’est-il pas temps alors d’introduire un nouveau crime « d’inhumanité » qui coïnciderait avec le refus absolu d’un État de permettre à la communauté internationale de porter secours à des populations en danger de mort, à l’issue de très grandes catastrophes. Le refus délibéré d’un État de respecter son obligation fondamentale de protéger ses citoyens et, par conséquent, de les vouer à une mort certaine, dès lors qu’il peut conduire à une immense tragédie, permet de considérer qu’il s’agit d’un crime international.
Un crime contre l’humanité par action, offense l’humanité dans ses valeurs les plus constitutives. Par omission, un tel comportement l’offense aussi. En hissant un tel crime au rang des crimes internationaux, le Conseil de sécurité serait plus enclin à prendre des résolutions sur le fondement du chapitre VII et ainsi autoriser l’usage de la force pour permettre l’accès aux victimes. Le risque d’être traîné dans le box à la CPI, encouru par ceux qui laissent cyniquement leur population mourir massivement, pourrait parfois peut-être dissuader de continuer à laisser se commettre le pire. Mettre sur le même plan les victimes de toutes les plus grandes tragédies naturelles et humaines pourrait obliger le Conseil de sécurité à leur porter secours sans discrimination et la CPI à en juger tous les responsables. (…) »
Qu’est-ce que le droit d’ingérence ? En simplifiant, c’est devenu le pouvoir que s’accordent certains États (démocraties libérales) à attaquer d’autres États sous prétexte qu’ils ne respectent pas leur morale (droits de l’homme, posés comme universels). Cela correspond au moment historique (1970-2000) où, selon l’expression de Marcel Gauchet, « les droits de l’homme sont devenus une politique » : en leur nom, certaines puissances agressent d’autres puissances, dans la perspective d’universaliser concrètement une certaine vision de l’individu et de ses droits fondamentaux. Les droits de l’homme se transforment en machine de guerre entre la partie de l’humanité s’en réclamant et celle ne s’en réclamant pas.
Le problème à mon sens est qu’ainsi pris en otage dans le « grand jeu » de la politique mondiale, les droits de l’homme se trouvent totalement vidés de leur substance et de leur esprit originel. Car la seule lecture cohérente de ces droits est de nature individualiste et négative : ils posent des libertés de l’individu face à son propre gouvernement ; ils n’incluent aucune obligation vis-à-vis d’autrui, dans sa propre société ou au-delà. En d’autres termes, c’est aux individus de défendre leurs libertés, y compris en autodéfense face aux gouvernements qui voudraient les en priver, mais certainement pas en devoir d’assistance aux autres individus de la planète, particulièrement lorsque ce devoir prend la forme de la violence étatique. Un tel altruisme érigé en obligation, c’est toujours l’État qui le crée et l’impose, pour servir en dernier ressort ses intérêts d’État et sa logique de groupe (fut-elle légitimée par une démocratie formelle).
Si les démocraties libérales respectaient vraiment les droits de l’homme, elles n’auraient donc aucune capacité d’intervenir dans le monde, comme le souhaitent William Bourdon et avec lui les sectateurs de l’interventionnisme humaniste. Ces démocraties libérales comme États ne peuvent développer leur puissance militaire qu’en prélevant de manière obligatoire la richesse des individus à cette fin. En tant qu’individu, mon adversaire premier n’est pas l’État birman, mais l’État français qui prétend me mobiliser de force pour faire la morale, voire la guerre, à l’État birman. Et les tenants de la guerre juste ne seront jamais à mes yeux que les idiots utiles au service de telles violences étatiques.
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Analyses
15.7.08
Un progrès des droits de l’homme mort-né
Le Figaro nous apprend que l’Etat, bien loin de chômer en cette période estivale où chacun travaille moins pour bronzer plus, se penche activement sur le sort des morts-nés de moins de 22 semaines et 500 grammes. Lesquels étaient auparavant confisqués et incinérés (pour des motifs que l’on ignore), mais seront dorénavant inscrits à l’état-civil, pourront bénéficier d’obsèques, en attendant d’éventuels « droits sociaux » déjà accordés aux parents d’enfants nés vivants et viables mais morts rapidement.
Ce travail estival de deuil a tout de même justifié depuis six mois « des réunions (…) entre sénateurs, députés, représentants de la Chancellerie, de la médiature de la République et de Matignon ». Quand un bureaucrate rencontre un cadavre, il se frotte les mains…
« Quels que soient leur terme et leur poids, les enfants mort-nés pourront bientôt figurer sur les registres d'état civil et ainsi avoir droit à des obsèques, contrairement à aujourd'hui où, considérés comme des «déchets anatomiques» quand ils n'atteignent pas 22 semaines ou 500 grammes, ils sont brûlés dans les incinérateurs des hôpitaux.
(…)
Rien n'est prévu pour les 5 000 à 7 000 bébés par an qui naissent mort-nés (sans avoir respiré) et qui sont en deçà du seuil de viabilité des 22 semaines. Ils ne peuvent ni figurer sur les registres d'état civil ni sur les registres de décès, ni bénéficier d'obsèques. Au contraire des autres qui, sur certificat médical ou acte «d'enfant sans vie», accèdent à ces possibilités. Des droits sociaux sont même accordés aux parents dans le cas des nés «vivants et viables», comme le congé maternité-paternité ou encore la majoration des droits de pension, en raison de la notion de viabilité qui donne un statut de «personnalité juridique» au fœtus. Seul égard accordé aux mort-nés : la possibilité de mentionner leur prénom sur le livret de famille.
(…)
Depuis janvier, des réunions se tiennent entre sénateurs, députés, représentants de la Chancellerie, de la médiature de la République et de Matignon pour travailler à l'élaboration d'un décret qui contournerait les conditions de terme et de poids. Il serait ainsi question d'introduire la notion d'accouchement. «En délivrant un certificat médical d'accouchement, on permettrait aux parents qui le veulent de faire une demande d'établissement d'un acte d'enfant sans vie, conditionnel aux obsèques», explique un des rédacteurs du décret.
Tout ne sera pas résolu pour autant. Reste la notion de viabilité qui n'est pas définie dans notre droit, alors que «8 pays sur 9 en Europe l'ont déjà fixée», déplore un expert. »
Ce travail estival de deuil a tout de même justifié depuis six mois « des réunions (…) entre sénateurs, députés, représentants de la Chancellerie, de la médiature de la République et de Matignon ». Quand un bureaucrate rencontre un cadavre, il se frotte les mains…
« Quels que soient leur terme et leur poids, les enfants mort-nés pourront bientôt figurer sur les registres d'état civil et ainsi avoir droit à des obsèques, contrairement à aujourd'hui où, considérés comme des «déchets anatomiques» quand ils n'atteignent pas 22 semaines ou 500 grammes, ils sont brûlés dans les incinérateurs des hôpitaux.
(…)
Rien n'est prévu pour les 5 000 à 7 000 bébés par an qui naissent mort-nés (sans avoir respiré) et qui sont en deçà du seuil de viabilité des 22 semaines. Ils ne peuvent ni figurer sur les registres d'état civil ni sur les registres de décès, ni bénéficier d'obsèques. Au contraire des autres qui, sur certificat médical ou acte «d'enfant sans vie», accèdent à ces possibilités. Des droits sociaux sont même accordés aux parents dans le cas des nés «vivants et viables», comme le congé maternité-paternité ou encore la majoration des droits de pension, en raison de la notion de viabilité qui donne un statut de «personnalité juridique» au fœtus. Seul égard accordé aux mort-nés : la possibilité de mentionner leur prénom sur le livret de famille.
(…)
Depuis janvier, des réunions se tiennent entre sénateurs, députés, représentants de la Chancellerie, de la médiature de la République et de Matignon pour travailler à l'élaboration d'un décret qui contournerait les conditions de terme et de poids. Il serait ainsi question d'introduire la notion d'accouchement. «En délivrant un certificat médical d'accouchement, on permettrait aux parents qui le veulent de faire une demande d'établissement d'un acte d'enfant sans vie, conditionnel aux obsèques», explique un des rédacteurs du décret.
Tout ne sera pas résolu pour autant. Reste la notion de viabilité qui n'est pas définie dans notre droit, alors que «8 pays sur 9 en Europe l'ont déjà fixée», déplore un expert. »
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Analyses
7.7.08
Lois de bio-éthique : de la révision à l'abrogation
Dans Le Monde, une analyse sur la prochaine révision des lois de bio-éthique. Les auteurs (Paul Benkimoun et Cécile Prieur) notent :
En 1994, la France adoptait ses premières lois de bioéthique, dans le but de trouver "un point d'équilibre entre la protection des droits fondamentaux de la personne et la non-entrave aux progrès de la recherche". Cette législation, révisée en 2004 avec cinq ans de retard sur le calendrier prévu, a adopté une série de principes, qui constitue le socle de toute réflexion sur la bioéthique en France : indisponibilité du corps humain, non-commercialisation du vivant, anonymat et gratuité du don. C'est sur cette base qu'il a été décidé, en 1994, de restreindre l'assistance médicale à la procréation (AMP) au traitement de l'infertilité des couples hétérosexuels. C'est aussi au nom du respect de la dignité humaine, et donc de l'embryon, qu'a été interdite, en 2004, la recherche sur les cellules souches embryonnaires, à l'exception d'expérimentations, autorisées sous contrôle strict de l'Agence de la biomédecine.
Bien que pionnière dans la réflexion législative sur la bioéthique, la France a l'un des arsenaux les plus restrictifs en matière de sciences du vivant, bien moins pragmatique que beaucoup de ses voisins européens. Cette situation génère depuis quelques années un véritable tourisme procréatif hors de nos frontières, les couples français ne pouvant bénéficier de l'AMP se dirigent vers la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Espagne, voire les Etats-Unis.
Face à l'avancée des sciences et l'évolution des moeurs, la question est posée de savoir si la France doit accepter un assouplissement de sa législation.
Cet « assouplissement de la législation » ne signifie pas grand-chose : ce sont les principes choisis par le législateur qui sont mauvais, faire des listes d’exceptions à ces principes n’aboutira qu’à les vider de leur substance et à entretenir la prolifération bureaucratique. L’indisponibilité du corps humain lui donne un statut juridique surréaliste, quelque part entre la personne (ce qu’il n’est pas) et la chose (ce qu’il est). La non-commercialisation de ce corps humain aboutit en tout et pour tout à des pénuries d’organes ou de gamètes, face auxquelles le tourisme biomédical prospère. L’anonymat du don n’a pas à s’imposer s'il ne correspond ni à la volonté du donneur ni à celle du receveur. La dignité humaine est un concept métaphysique, essentiellement brandie par des lobbies chrétiens pour refourguer en douce leur morale religieuse, suivie en cela par les idiots utiles et laïcs du déontologisme béat. Et au-dessus de tout cela, la procréation et la santé regardent les individus, elles relèvent du libre-usage de son corps, l’État n’a pas y imposer sa biopolitique autoritaire. Les lois bio-éthiques ne doivent pas être réformées : elles doivent être abrogées.
« Le seul but en vue duquel on puisse à juste titre recourir à la force à l'égard de tout membre d'une communauté civilisée, contre sa propre volonté, c'est de l'empêcher de faire du mal aux autres. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une justification suffisante. [..] Sur lui-même, sur son propre corps et son propre esprit, l'individu est souverain. » (John Stuart Mill, De la liberté, 1859).
En 1994, la France adoptait ses premières lois de bioéthique, dans le but de trouver "un point d'équilibre entre la protection des droits fondamentaux de la personne et la non-entrave aux progrès de la recherche". Cette législation, révisée en 2004 avec cinq ans de retard sur le calendrier prévu, a adopté une série de principes, qui constitue le socle de toute réflexion sur la bioéthique en France : indisponibilité du corps humain, non-commercialisation du vivant, anonymat et gratuité du don. C'est sur cette base qu'il a été décidé, en 1994, de restreindre l'assistance médicale à la procréation (AMP) au traitement de l'infertilité des couples hétérosexuels. C'est aussi au nom du respect de la dignité humaine, et donc de l'embryon, qu'a été interdite, en 2004, la recherche sur les cellules souches embryonnaires, à l'exception d'expérimentations, autorisées sous contrôle strict de l'Agence de la biomédecine.
Bien que pionnière dans la réflexion législative sur la bioéthique, la France a l'un des arsenaux les plus restrictifs en matière de sciences du vivant, bien moins pragmatique que beaucoup de ses voisins européens. Cette situation génère depuis quelques années un véritable tourisme procréatif hors de nos frontières, les couples français ne pouvant bénéficier de l'AMP se dirigent vers la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Espagne, voire les Etats-Unis.
Face à l'avancée des sciences et l'évolution des moeurs, la question est posée de savoir si la France doit accepter un assouplissement de sa législation.
Cet « assouplissement de la législation » ne signifie pas grand-chose : ce sont les principes choisis par le législateur qui sont mauvais, faire des listes d’exceptions à ces principes n’aboutira qu’à les vider de leur substance et à entretenir la prolifération bureaucratique. L’indisponibilité du corps humain lui donne un statut juridique surréaliste, quelque part entre la personne (ce qu’il n’est pas) et la chose (ce qu’il est). La non-commercialisation de ce corps humain aboutit en tout et pour tout à des pénuries d’organes ou de gamètes, face auxquelles le tourisme biomédical prospère. L’anonymat du don n’a pas à s’imposer s'il ne correspond ni à la volonté du donneur ni à celle du receveur. La dignité humaine est un concept métaphysique, essentiellement brandie par des lobbies chrétiens pour refourguer en douce leur morale religieuse, suivie en cela par les idiots utiles et laïcs du déontologisme béat. Et au-dessus de tout cela, la procréation et la santé regardent les individus, elles relèvent du libre-usage de son corps, l’État n’a pas y imposer sa biopolitique autoritaire. Les lois bio-éthiques ne doivent pas être réformées : elles doivent être abrogées.
« Le seul but en vue duquel on puisse à juste titre recourir à la force à l'égard de tout membre d'une communauté civilisée, contre sa propre volonté, c'est de l'empêcher de faire du mal aux autres. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une justification suffisante. [..] Sur lui-même, sur son propre corps et son propre esprit, l'individu est souverain. » (John Stuart Mill, De la liberté, 1859).
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"Une nouvelle ère émerge..."
Dans Libération, entretien avec Justin Rattner, patron de la recherche chez Intel.
"Une nouvelle ère émerge. Jusqu’à présent, l’Internet était essentiellement un univers à deux dimensions : on naviguait sur le Web d’une page à l’autre. On s’approche maintenant d’interfaces bien plus immersives, qui brouillent complètement les frontières entre monde réel et virtuel. L’univers de Second Life, surtout visuel, n’en est qu’un premier exemple, le balbutiement d’une révolution qui va faire disparaître la distinction entre intelligence humaine et artificielle, vie biologique et électronique. La technologie ne suit plus un cours évolutif, linéaire, elle progresse par ruptures, à pas de géant. Du coup, il devient de plus en plus difficile de prévoir l’avenir, ne serait-ce qu’à l’échéance de dix ans."
"Une nouvelle ère émerge. Jusqu’à présent, l’Internet était essentiellement un univers à deux dimensions : on naviguait sur le Web d’une page à l’autre. On s’approche maintenant d’interfaces bien plus immersives, qui brouillent complètement les frontières entre monde réel et virtuel. L’univers de Second Life, surtout visuel, n’en est qu’un premier exemple, le balbutiement d’une révolution qui va faire disparaître la distinction entre intelligence humaine et artificielle, vie biologique et électronique. La technologie ne suit plus un cours évolutif, linéaire, elle progresse par ruptures, à pas de géant. Du coup, il devient de plus en plus difficile de prévoir l’avenir, ne serait-ce qu’à l’échéance de dix ans."
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Violeur né ?
Voici une nouvelle qui devrait conforter les lecteurs de Marcela Iacub : contrairement à l’idée reçue, les personnes condamnées pour violences sexuelles ont peu tendance à récidiver par rapport à d’autres catégories de délits ou de crimes. Ainsi, seuls 3,2 % des 4 000 condamnés relâchés sur parole dans l’Etat de Californie en 2002 ont commis une nouvelle agression sexuelle depuis cette date. Chiffre exactement comparable (3,2 %) à une précédente étude dans l’Etat du Minnesota, menée entre 1990 et 2002. L’image du multirécidiviste incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et destiné à violer tout au long de son existence concerne en fait une toute petite minorité d’individus. La place disproportionnée que cette image occupe dans les mentalités collectives ne tient pas tant à la réalité statistique des violences sexuelles qu’au statut toujours singulier du sexe dans nos représentations.
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Panoplie de l'homme bionique
Os et dents artificiels, cultures cellulaires pour remplacer nos cartilages, articulations, tissus voire organes endommagés, pacemakers autoalimentés en énergie, implants cochléaires et stimulateurs de nerfs optiques… un article du New Scientist fait le tour de la panoplie actuelle et à venir de l’homme bionique.
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26.6.08
Extrémophiles
Quelle est cette méduse en forme de ballon se détachant sur la gauche ? La souche 121, un microbe de deux microns de diamètre capable de survivre dans une température ambiante de 131 °C. En sens inverse, une bactérie appelée Colwellia psychrerythraea (34H) a été capable de supporter un bain dans l’azote liquide à -196 °C. Le magazine New Scientist se penche sur les dernières découvertes concernant ces organismes extrémophiles, qui passionnent aujourd’hui les chercheurs. Non seulement ils montrent la capacité extraordinaire du vivant à s’adapter aux milieux terrestres et marins les plus inhospitaliers, mais ils indiquent aussi où nous pouvons chercher d’autres formes de vie dans l’univers, à mesure que nous découvrons des exoplanètes dans un grand nombre de systèmes solaires.Illustration : Derek Lovley/UMass Amherst
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21.6.08
Cellules souches : confiance aux chercheurs ou aux lobbies ?
Dans Le Monde, une tribune de Philippe Menasché (chirurgien cardiaque à l'hôpital Georges-Pompidou, professeur à l'université Paris-Descartes, directeur d'une unité Inserm consacrée à la thérapie cellulaire cardiaque). Il dénonce notamment les manœuvres antiscientifiques prétendant que les cellules souches adultes ont le même potentiel que les cellules souches embryonnaires – 10 ans de recherche ont permis de montrer que ce n’est clairement pas le cas – et appelle la France à se doter de lois bio-éthiques favorisant le travail des chercheurs plutôt que les dogmes des conservateurs.
« (…) La loi de bioéthique doit être révisée en 2009 au terme d'états généraux. Il existe aujourd'hui une crainte réelle que cette échéance soit reportée en raison d'une frilosité gouvernementale d'autant plus frustrante que la France dispose d'atouts importants, scientifiques (qualité des équipes), médicaux (expertise reconnue en recherche clinique) et institutionnels (efficacité de l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé et de l'Agence de la biomédecine) qui restent sous-valorisés.
Cette situation est due à la complexité de la loi actuelle et notamment à son caractère dérogatoire, qu'on peut comprendre dans le contexte de 2004, mais qui n'est plus d'actualité. Ce caractère restrictif rend la position de la France illisible par les autres pays, démotive des équipes dont la recherche fondamentale s'inscrit dans la durée, dissuade nos jeunes postdoctorants intéressés par cette thématique de revenir de l'étranger et décourage les sociétés de capital-risque d'investir sur notre sol.
Malgré le poids de la religion, l'Espagne s'est dotée d'une des législations les plus libérales d'Europe sur les cellules souches. Malgré le poids de l'histoire, l'Allemagne vient de dépénaliser cette recherche. En Californie, le gouverneur républicain Schwarzenegger n'a pas hésité à prendre des positions opposées à celles du président Bush, en déclarant prioritaire la recherche sur les cellules souches et en lui attribuant les financements nécessaires.
Aux Etats-Unis encore, la Food and Drug Administration (FDA) vient d'être saisie de trois demandes d'essais cliniques visant à évaluer les effets de cellules "organe-spécifiques" dérivées de cellules souches embryonnaires humaines dans trois maladies emblématiques : la cécité par dégénérescence maculaire, les paraplégies traumatiques et le diabète. Pendant que l'administration américaine instruit ces dossiers et prépare l'avenir, le ministère de la santé décapite l'Agence de la biomédecine, dont la directrice générale, unanimement saluée par la communauté scientifique et médicale pour sa compétence, n'a pas été reconduite dans ses fonctions, sans doute pour avoir cherché à donner un peu de visibilité à une politique qui en manque.
Il serait malhonnête de prétendre que les cellules souches embryonnaires vont demain révolutionner la médecine. Devant l'étendue de nos incertitudes, affirmer la suprématie d'un type cellulaire sur un autre relèverait d'une attitude antiscientifique. Il y a au contraire obligation à explorer toutes les pistes jusqu'à ce que les résultats de la recherche disent quelle est "la" meilleure cellule pour une maladie donnée. Toutefois, si pour certaines de ces maladies, les cellules souches embryonnaires donnent les résultats prometteurs escomptés, on peut prédire une déferlante.
La France ne serait que spectatrice alors qu'il est peut-être encore temps, en dépit du retard déjà accumulé, qu'elle se positionne en acteur. Pour cela, il est essentiel de respecter l'échéance de la révision de la loi et d'afficher l'importance de la recherche sur les cellules souches embryonnaires en remplaçant le régime dérogatoire par un régime d'autorisations encadrées par l'Agence de la biomédecine qui a fait ses preuves en la matière. Encore faudrait-il que ceux qui ont la charge de la politique sanitaire de ce pays se gardent des lobbies les plus conservateurs, fassent des choix clairs, et les assument ouvertement en faisant leur cette maxime de Talleyrand : "Il n'y a qu'une façon de dire "oui", c'est oui. Toutes les autres veulent dire non." »
« (…) La loi de bioéthique doit être révisée en 2009 au terme d'états généraux. Il existe aujourd'hui une crainte réelle que cette échéance soit reportée en raison d'une frilosité gouvernementale d'autant plus frustrante que la France dispose d'atouts importants, scientifiques (qualité des équipes), médicaux (expertise reconnue en recherche clinique) et institutionnels (efficacité de l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé et de l'Agence de la biomédecine) qui restent sous-valorisés.
Cette situation est due à la complexité de la loi actuelle et notamment à son caractère dérogatoire, qu'on peut comprendre dans le contexte de 2004, mais qui n'est plus d'actualité. Ce caractère restrictif rend la position de la France illisible par les autres pays, démotive des équipes dont la recherche fondamentale s'inscrit dans la durée, dissuade nos jeunes postdoctorants intéressés par cette thématique de revenir de l'étranger et décourage les sociétés de capital-risque d'investir sur notre sol.
Malgré le poids de la religion, l'Espagne s'est dotée d'une des législations les plus libérales d'Europe sur les cellules souches. Malgré le poids de l'histoire, l'Allemagne vient de dépénaliser cette recherche. En Californie, le gouverneur républicain Schwarzenegger n'a pas hésité à prendre des positions opposées à celles du président Bush, en déclarant prioritaire la recherche sur les cellules souches et en lui attribuant les financements nécessaires.
Aux Etats-Unis encore, la Food and Drug Administration (FDA) vient d'être saisie de trois demandes d'essais cliniques visant à évaluer les effets de cellules "organe-spécifiques" dérivées de cellules souches embryonnaires humaines dans trois maladies emblématiques : la cécité par dégénérescence maculaire, les paraplégies traumatiques et le diabète. Pendant que l'administration américaine instruit ces dossiers et prépare l'avenir, le ministère de la santé décapite l'Agence de la biomédecine, dont la directrice générale, unanimement saluée par la communauté scientifique et médicale pour sa compétence, n'a pas été reconduite dans ses fonctions, sans doute pour avoir cherché à donner un peu de visibilité à une politique qui en manque.
Il serait malhonnête de prétendre que les cellules souches embryonnaires vont demain révolutionner la médecine. Devant l'étendue de nos incertitudes, affirmer la suprématie d'un type cellulaire sur un autre relèverait d'une attitude antiscientifique. Il y a au contraire obligation à explorer toutes les pistes jusqu'à ce que les résultats de la recherche disent quelle est "la" meilleure cellule pour une maladie donnée. Toutefois, si pour certaines de ces maladies, les cellules souches embryonnaires donnent les résultats prometteurs escomptés, on peut prédire une déferlante.
La France ne serait que spectatrice alors qu'il est peut-être encore temps, en dépit du retard déjà accumulé, qu'elle se positionne en acteur. Pour cela, il est essentiel de respecter l'échéance de la révision de la loi et d'afficher l'importance de la recherche sur les cellules souches embryonnaires en remplaçant le régime dérogatoire par un régime d'autorisations encadrées par l'Agence de la biomédecine qui a fait ses preuves en la matière. Encore faudrait-il que ceux qui ont la charge de la politique sanitaire de ce pays se gardent des lobbies les plus conservateurs, fassent des choix clairs, et les assument ouvertement en faisant leur cette maxime de Talleyrand : "Il n'y a qu'une façon de dire "oui", c'est oui. Toutes les autres veulent dire non." »
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18.6.08
Klein sur le transhumanisme : quelques commentaires
Dans Le Monde d’hier, je n’avais pas pris garde à l’entretien qui accompagne l’article sur le « business sur surhomme », consacré au même thème du transhumanisme et intitulé « Tout cela coûtera cher… Ne sera pas post-humain qui veut ! ». C’est en l’occurrence Étienne Klein qui donne son opinion – il est physicien et non économiste ou biologiste, mais je suppose que son travail en philosophie des sciences lui permet d’avoir un avis éclairé sur toutes les problématiques. Quelques réflexions sur ses propos.
Le Monde : Renouer avec la philosophie des Lumières, n'est-ce pas une bonne chose dans un XXIe siècle tétanisé par le catastrophisme du choc des civilisations et la fragilité de la planète ?
Étienne Klein : Ce peut être un bon antidote au pessimisme, mais c'est aussi un moyen de faire l'impasse sur le bilan du XXe siècle, où l'on a vu que la science n'avait pas, toujours et partout, partie liée avec le progrès, mais parfois aussi avec la barbarie. C'est aussi admettre que la finalité de la science est de fabriquer des objets conformes à nos besoins, ou à nos besoins supposés, c'est-à-dire à ceux du marché, et non à donner du sens ou à fonder les valeurs d'une civilisation. Certes, améliorer les conditions d'existence, allonger la durée de vie, tout le monde y souscrit. Cela peut aussi redonner du souffle à la notion de progrès, si l'on pense que nos descendants vivront ainsi mieux que nous. Mais il s'agit d'un projet technologique, et non scientifique.
Commentaire : la barbarie du XXe siècle n’était pas le fait de la science ou de la technique en elles-mêmes, mais de leur utilisation par les États et les idéologies. Rien ne change sous le soleil : un silex taillé peut servir à dépecer une bête pour la partager ou à fracasser les crânes des guerriers d’une tribu voisine. L’idée de fonder les valeurs d’une civilisation sur la science paraît assez absurde, et ce fut d’ailleurs en partie l’illusion des régimes nazis ou communistes, qui développèrent des discours pseudo-scientifiques pour justifier leurs existences et leurs actes. La science ne permettra jamais de trancher les conflits de besoins, d’intérêts, de désirs et de valeurs qui partagent les hommes, et dont les hiérarchies relatives forment des visions du monde différentes. Au mieux, elle les décrira avec plus de précision. Enfin, vouloir utiliser les avancées de la science pour accroître son bien-être (ou réaliser ses désirs quels qu’ils soient) ne signifie nullement que la science elle-même se réduit à cette finalité : il s’agit simplement de ses usages individuels et sociaux. Si la science était un simple exercice utilitariste, on ne construirait sans doute pas un collisionneur hadronique de 6 milliards d’euros pour observer les propriétés de particules élémentaires dont 99% de la population sont à peu près totalement ignorants, et dont seule une poignée de physiciens de haut niveau pourra déduire les implications théoriques. Bref, la volonté de savoir conserve son autonomie, mais elle se lie bien naturellement à une volonté de pouvoir dès lors que les anciennes sacralisations de la nature ont disparu.
Le Monde : Ce projet comporte-t-il des risques ?
Étienne Klein : Il est clair que l'arsenal de l'augmentation de la performance humaine coûtera très cher : ne sera pas post-humain qui veut ! Certes, les inégalités existent déjà. Mais le projet des Lumières portait l'idée que le progrès réduirait peu à peu ces inégalités, ce qui n'est pas le cas du projet transhumain. Hannah Arendt, dans La Condition de l'homme moderne (1958), distingue les conditions de vie, de la "condition humaine" (ce que les hommes ont en commun au-delà de conditions de vie différentes) et de la structure biologique de l'espèce - nous dirions aujourd'hui notre ADN. Elle notait que, jusqu'ici, les technologies ne modifiaient que la première strate, souvent en accroissant les inégalités, mais s'interrogeait sur leurs effets à venir sur les autres strates. Et bien nous y sommes !
Commentaire : L’égalité est typiquement un choix de valeur indépendant de la science dont nous parlions ci-dessus. Le progrès technique et scientifique n’est en soi porteur d’aucune prescription sur ses usages : ce sont les décisions politiques qui les déterminent. Étienne Klein, conformément à une certaine vulgate ambiante, pointe comme risque principal des inégalités économiques transformées en inégalités biotechnologiques (ne pourront s’améliorer que ceux en ayant les ressources). Mais que signifierait l’autre versant ? Un État assure l’égalité des individus en imposant les usages des biotechnologies. Une telle biopolitique égalitaire serait aussi eugénique au sens classique du terme. Pour éviter l’un comme l’autre (eugénisme individuel augmentant les inégalités, eugénisme collectif renforçant le biopouvoir étatique), la seule parade actuelle est l’interdit pur et simple. Ce réflexe peu imaginatif du tabou, même sous la forme sophistiquée des réflexions laïques sur la dignité humaine, est à la mesure de l’enjeu. Nous entrons effectivement dans un tournant de l’évolution humaine où l’agir qui caractérise notre espèce (dans les termes d’Arendt) a la possibilité de se retourner sur ses propres conditions initiales d’existence, à savoir la constitution biologique de l’être agissant.
Le Monde : Avec quelles conséquences ?
Étienne Klein : Les individus qui bénéficieront des augmentations de performance offertes par les NBIC pourront-ils encore considérer ceux qui n'en auront pas bénéficié comme des êtres de la même espèce qu'eux ? Le programme transhumain ne reflète en cela que les tendances déjà à l'œuvre aujourd'hui. Nous ne pouvons concevoir les différences physiques ou sociales entre les hommes autrement que comme une différence hiérarchique. Pour nous, déjà, les Indiens d'Amazonie photographiés d'un hélicoptère sont perçus comme des "préhumains", et non des êtres partageant la même existence que nous.
Commentaire : On pourrait inverser cette proposition. Plus nous sommes obsédés par notre commune humanité, plus se déploient en son sein les mouvements contradictoires de la pensée hiérarchique, du rapport-maître-esclave, de la rivalité mimétique, du désir d’égalité, etc. La tribu amazonienne se qualifie d’humaine dans l’indifférence aux autres qualifications : pourquoi ne pas y voir une sagesse archaïque, cultiver comme elle l’art de la distance symbolique et la quête d’autonomie, cesser de promouvoir une logique d’universalisation pour entrer dans un âge de singularités ?
Le Monde : Renouer avec la philosophie des Lumières, n'est-ce pas une bonne chose dans un XXIe siècle tétanisé par le catastrophisme du choc des civilisations et la fragilité de la planète ?
Étienne Klein : Ce peut être un bon antidote au pessimisme, mais c'est aussi un moyen de faire l'impasse sur le bilan du XXe siècle, où l'on a vu que la science n'avait pas, toujours et partout, partie liée avec le progrès, mais parfois aussi avec la barbarie. C'est aussi admettre que la finalité de la science est de fabriquer des objets conformes à nos besoins, ou à nos besoins supposés, c'est-à-dire à ceux du marché, et non à donner du sens ou à fonder les valeurs d'une civilisation. Certes, améliorer les conditions d'existence, allonger la durée de vie, tout le monde y souscrit. Cela peut aussi redonner du souffle à la notion de progrès, si l'on pense que nos descendants vivront ainsi mieux que nous. Mais il s'agit d'un projet technologique, et non scientifique.
Commentaire : la barbarie du XXe siècle n’était pas le fait de la science ou de la technique en elles-mêmes, mais de leur utilisation par les États et les idéologies. Rien ne change sous le soleil : un silex taillé peut servir à dépecer une bête pour la partager ou à fracasser les crânes des guerriers d’une tribu voisine. L’idée de fonder les valeurs d’une civilisation sur la science paraît assez absurde, et ce fut d’ailleurs en partie l’illusion des régimes nazis ou communistes, qui développèrent des discours pseudo-scientifiques pour justifier leurs existences et leurs actes. La science ne permettra jamais de trancher les conflits de besoins, d’intérêts, de désirs et de valeurs qui partagent les hommes, et dont les hiérarchies relatives forment des visions du monde différentes. Au mieux, elle les décrira avec plus de précision. Enfin, vouloir utiliser les avancées de la science pour accroître son bien-être (ou réaliser ses désirs quels qu’ils soient) ne signifie nullement que la science elle-même se réduit à cette finalité : il s’agit simplement de ses usages individuels et sociaux. Si la science était un simple exercice utilitariste, on ne construirait sans doute pas un collisionneur hadronique de 6 milliards d’euros pour observer les propriétés de particules élémentaires dont 99% de la population sont à peu près totalement ignorants, et dont seule une poignée de physiciens de haut niveau pourra déduire les implications théoriques. Bref, la volonté de savoir conserve son autonomie, mais elle se lie bien naturellement à une volonté de pouvoir dès lors que les anciennes sacralisations de la nature ont disparu.
Le Monde : Ce projet comporte-t-il des risques ?
Étienne Klein : Il est clair que l'arsenal de l'augmentation de la performance humaine coûtera très cher : ne sera pas post-humain qui veut ! Certes, les inégalités existent déjà. Mais le projet des Lumières portait l'idée que le progrès réduirait peu à peu ces inégalités, ce qui n'est pas le cas du projet transhumain. Hannah Arendt, dans La Condition de l'homme moderne (1958), distingue les conditions de vie, de la "condition humaine" (ce que les hommes ont en commun au-delà de conditions de vie différentes) et de la structure biologique de l'espèce - nous dirions aujourd'hui notre ADN. Elle notait que, jusqu'ici, les technologies ne modifiaient que la première strate, souvent en accroissant les inégalités, mais s'interrogeait sur leurs effets à venir sur les autres strates. Et bien nous y sommes !
Commentaire : L’égalité est typiquement un choix de valeur indépendant de la science dont nous parlions ci-dessus. Le progrès technique et scientifique n’est en soi porteur d’aucune prescription sur ses usages : ce sont les décisions politiques qui les déterminent. Étienne Klein, conformément à une certaine vulgate ambiante, pointe comme risque principal des inégalités économiques transformées en inégalités biotechnologiques (ne pourront s’améliorer que ceux en ayant les ressources). Mais que signifierait l’autre versant ? Un État assure l’égalité des individus en imposant les usages des biotechnologies. Une telle biopolitique égalitaire serait aussi eugénique au sens classique du terme. Pour éviter l’un comme l’autre (eugénisme individuel augmentant les inégalités, eugénisme collectif renforçant le biopouvoir étatique), la seule parade actuelle est l’interdit pur et simple. Ce réflexe peu imaginatif du tabou, même sous la forme sophistiquée des réflexions laïques sur la dignité humaine, est à la mesure de l’enjeu. Nous entrons effectivement dans un tournant de l’évolution humaine où l’agir qui caractérise notre espèce (dans les termes d’Arendt) a la possibilité de se retourner sur ses propres conditions initiales d’existence, à savoir la constitution biologique de l’être agissant.
Le Monde : Avec quelles conséquences ?
Étienne Klein : Les individus qui bénéficieront des augmentations de performance offertes par les NBIC pourront-ils encore considérer ceux qui n'en auront pas bénéficié comme des êtres de la même espèce qu'eux ? Le programme transhumain ne reflète en cela que les tendances déjà à l'œuvre aujourd'hui. Nous ne pouvons concevoir les différences physiques ou sociales entre les hommes autrement que comme une différence hiérarchique. Pour nous, déjà, les Indiens d'Amazonie photographiés d'un hélicoptère sont perçus comme des "préhumains", et non des êtres partageant la même existence que nous.
Commentaire : On pourrait inverser cette proposition. Plus nous sommes obsédés par notre commune humanité, plus se déploient en son sein les mouvements contradictoires de la pensée hiérarchique, du rapport-maître-esclave, de la rivalité mimétique, du désir d’égalité, etc. La tribu amazonienne se qualifie d’humaine dans l’indifférence aux autres qualifications : pourquoi ne pas y voir une sagesse archaïque, cultiver comme elle l’art de la distance symbolique et la quête d’autonomie, cesser de promouvoir une logique d’universalisation pour entrer dans un âge de singularités ?
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17.6.08
Devenir plus fort, quelle horreur !
Le journal Le Monde consacre un article au transhumanisme vu comme « business du surhomme » : « Si la demande de produits dopants demeure marginale en Europe, elle s'épanouit sans complexes aux Etats-Unis. Pire encore, elle est promue par un courant messianique puissant et organisé : le transhumanisme. Cette doctrine préconise l'intégration des technologies les plus récentes pour dépasser le handicap, la souffrance, la maladie, la vieillesse et accéder, qui sait, à la vie éternelle. »
Le « pire encore » est assez amusant, il laisse entendre que l’idée de lutter contre le handicap, la souffrance, la maladie et la vieillesse est saugrenue ou néfaste. 2000 ans de haine du corps et de dévalorisation de l’ici-bas au nom d’un au-delà radieux ont laissé des traces dans les mentalités. Rampe dans ta vallée des larmes, petit homme, et regarde les autres ramper à tes côtés pour te consoler…
Le « pire encore » est assez amusant, il laisse entendre que l’idée de lutter contre le handicap, la souffrance, la maladie et la vieillesse est saugrenue ou néfaste. 2000 ans de haine du corps et de dévalorisation de l’ici-bas au nom d’un au-delà radieux ont laissé des traces dans les mentalités. Rampe dans ta vallée des larmes, petit homme, et regarde les autres ramper à tes côtés pour te consoler…
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15.6.08
Faux et usage de faux...
Certains d’entre vous me lisent peut-être dans le magazine Chronic’Art, auquel j’ai le plaisir de collaborer régulièrement. En découvrant le numéro actuellement en kiosque, ils auront eu la surprise de me voir disserter sur William G. Saxter, le physicien qui avait prévu Internet dès les années 1950, sur Nihito Matazuki, chef du département de la prospective au RIKIEN (Japon), sur Miroslav Kujma, jeune prodige de la scène artistique tchèque… Vérification faite, aucun de ces individus n’existe. Et pour cause, je les ai inventés pour l’occasion. Ce qui n’a pas empêché France Info d’en parler à ses auditeurs, notez bien.
Pour les explications sur ce numéro intégralement faux, de la première à la dernière ligne, vous trouverez tous les renseignements ici. Sur quelques attendus philosophiques relatifs à ma participation (enthousiaste), je m’étais exprimé là (le post-scriptum de cet ancien billet prend maintenant son sens).
Pour les explications sur ce numéro intégralement faux, de la première à la dernière ligne, vous trouverez tous les renseignements ici. Sur quelques attendus philosophiques relatifs à ma participation (enthousiaste), je m’étais exprimé là (le post-scriptum de cet ancien billet prend maintenant son sens).
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Tourisme cellulaire
Lors de son meeting annuel, la société internationale pour la recherche sur les cellules souches (ISSCR) a souligné la nécessité d’un guide des bonnes pratiques pour faire face au « tourisme cellulaire ». Alléchés par les annonces fréquentes sur les thérapies par cellules souches, certains patients ignorent que les traitements sont encore expérimentaux. Et sur Internet, certaines cliniques présentent ces mêmes traitements comme étant de routine, voire qualifient de « thérapies cellulaires » des interventions n’ayant pas grand chose à voir avec ce que la communauté biomédicale désigne sous ce terme. La transplantation de cellules souches (progénitrices) de moelle osseuse est en fait le seul traitement ayant aujourd’hui dépassé les essais cliniques. Or, sur 32 sites internet proposant de la thérapie cellulaire, 26 vont au-delà et présentent leur offre sans mention de sa dimension expérimentale (et risquée), pour des coûts parfois élevés (jusqu’à 24.000 dollars).
Lutter contre les charlatans a bien sûr son utilité. Dans le même temps, cette multiplication des offres ne devrait pas se tarir dans les années à venir : si des cliniques privées développent des traitements expérimentaux menés dans les règles de l’art, elles ont toute légitimité pour les proposer à leurs patients. Les effets d’annonce sur la médecine régénérative et ses promesses de remplacer à terme nos organes nécrosés ou tissus fatigués créent bien logiquement une demande mondiale. Elle est d’autant plus pressante que les systèmes de santé publique sont souvent incapables de répondre aux besoins (voir par exemple la pénurie chronique d’organes pour les greffes, entraînant des immenses listes d’attente et des milliers de morts chaque année). Ce n’est évidemment pas en diabolisant les cellules souches ou en entravant la recherche par toutes sortes de tracasseries bureaucratiques et de pinailleries morales que l’on pourra progresser rapidement sur ces domaines. Plus les Etats développent des approches rigides et opaques, plus le tourisme cellulaire se développera.
(A lire : New Scientist)
Lutter contre les charlatans a bien sûr son utilité. Dans le même temps, cette multiplication des offres ne devrait pas se tarir dans les années à venir : si des cliniques privées développent des traitements expérimentaux menés dans les règles de l’art, elles ont toute légitimité pour les proposer à leurs patients. Les effets d’annonce sur la médecine régénérative et ses promesses de remplacer à terme nos organes nécrosés ou tissus fatigués créent bien logiquement une demande mondiale. Elle est d’autant plus pressante que les systèmes de santé publique sont souvent incapables de répondre aux besoins (voir par exemple la pénurie chronique d’organes pour les greffes, entraînant des immenses listes d’attente et des milliers de morts chaque année). Ce n’est évidemment pas en diabolisant les cellules souches ou en entravant la recherche par toutes sortes de tracasseries bureaucratiques et de pinailleries morales que l’on pourra progresser rapidement sur ces domaines. Plus les Etats développent des approches rigides et opaques, plus le tourisme cellulaire se développera.
(A lire : New Scientist)
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13.6.08
Steven Pinker : la stupidité de la dignité
Nous avions déjà signalé ici combien le concept de dignité humaine est vide de sens et sert essentiellement d’instrument rhétorique pour les bio-éthiciens conservateurs, souvent religieux. L’actualité revient sur ce sujet avec la publication en mars d’un volumineux rapport de 555 pages par le Conseil de bio-éthique mis en place en 2001 par Georges W. Bush, rapport intitulé Human Dignity and Bioethics. Dans une tribune au vitriol de la New Republic, « La stupidité de la dignité », le psychologue de Harvard Steven Pinker livre son analyse de ce rapport.
Il en souligne d’abord le contexte général : « Bien des gens sont vaguement inquiets par les développements (réels ou imaginaires) qui pourraient modifier les corps et les esprits dans de nouvelles directions. Les romantiques et les Verts tendent à idéaliser la nature et à diaboliser la technologie. Les traditionalistes et les conservateurs n’accordent par tempérament aucune confiance au changement radical. Les égalitaires se font de souci sur la compétition farouche pour les techniques d’amélioration. Et chacun peut avoir le réflexe ‘beurk’ en observant les manipulations sans précédent de notre biologie ».
Pinker en vient ensuite à l’analyse du rapport. La bio-éthicienne Ruth Macklin, qui avait fait sensation en 2003 en déclarant que la dignité est un concept inutile et qui a partiellement motivé le travail, n’a pas été invitée à exposer ses vues ou à répondre à ses critiques. Sur les 23 intervenants, quatre (dont le président du Conseil) sont des avocats ardents de la place de la religion dans les affaires publiques (Leon Kass, David Gerlentner, Robert George, Robert Kraynak) et onze autres travaillent dans des institutions chrétiennes (dont neuf catholiques). Aucun des contributeurs n’est chercheur en science de la vie, ni psychologue, ni anthropologue, ni sociologue ni historien. Nombre d’auteurs ne dédaignent pas fonder la dignité humaine sur leur lecture de la Bible, parfois littérale. Au point que Pinker s’emporte : « Comment les États-Unis, locomotive mondiale de la science, sont arrivés à cette situation où ils abordent les problèmes éthiques de la biomédecine du XXIe siècle en utilisant des histoires bibliques, de la doctrine catholique et des allégories rabbiniques confuses ? » Le psychologue pointe notamment le rôle important de Leon Kass dans cette affaire, président du Conseil de bioéthique mis en place par Bush, figure centrale et institutionnelle de la réflexion nord-américaine, n’ayant jamais caché son hostilité aux avancées de la biomédecine depuis les premiers bébés-éprouvette dans les années 1970.
Au-delà du cas Kass, Pinker pointe l’influence croissante des « Theocons » (Damon Linker) dans la vie intellectuelle américaine, c’est-à-dire des conservateurs d’inspiration religieuse. « Depuis deux décennies, un groupe d’activistes intellectuels, dont beaucoup ont sauté de l’extrême gauche à l’extrême droite, nous a pressés de repenser les racines de l’ordre social américain issues des Lumières. La reconnaissance du droit à la vie et à la liberté, la poursuite du bonheur et le mandat du gouvernement de protéger ces droits sont bien trop tièdes pour une société pleinement morale. Cette vision appauvrie n’a mené qu’à l’anomie, à l’hédonisme et à un comportement immoral rampant, illustré par les naissances illégitimes, la pornographie et l’avortement. La société devrait viser plus haut que cet individualisme creux et promouvoir la conformité à des standards moraux plus rigoureux, ceux qui pourraient s’imposer à nos comportements par une autorité plus grande que nous-mêmes ». À quelques détails près, cette déferlante conservatrice existe aussi bien en Europe où elle bénéficie d’une moindre attention aux libertés individuelles et aux droits de l’homme, d’une emprise ancienne de l’Église catholique, d’un rôle plus important de l’État dans la direction des comportements sociaux, notamment dans la gestion biomédicale de la société.
Enfin, Steven Pinker expose ses raisons de douter de l’intérêt du concept de dignité : la dignité est relative (à l’époque, au lieu, au point de vue de l’observateur) donc subjective ; la dignité est fongible (au sens où, en permanence, nous accomplissons des actes peu dignes parce que nous préférons valoriser notre vie, notre santé ou notre sécurité) ; la dignité peut être dangereuse. Laissons-le conclure : « Même si les progrès ne sont retardés que d’une décennie par les moratoires, la paperasserie et les tabous fondateurs (pour ne rien dire des menaces de procès), des millions de gens souffrant de maladies dégénératives ou manquant d’organes vont souffrir et mourir sans nécessité. Et cela serait le plus grand affront à la dignité humaine, après tout. »
PS : dans le dernier Nature, un éditorial revient sur ces questions. Il mentionne notamment le cas de la Suisse qui a voté en 2004 une loi protégeant la dignité des plantes, des animaux et de toutes les formes de vie. Deux universités ont été obligées de faire appel à la Cour suprême pour préserver des conditions raisonnables de travail.
Il en souligne d’abord le contexte général : « Bien des gens sont vaguement inquiets par les développements (réels ou imaginaires) qui pourraient modifier les corps et les esprits dans de nouvelles directions. Les romantiques et les Verts tendent à idéaliser la nature et à diaboliser la technologie. Les traditionalistes et les conservateurs n’accordent par tempérament aucune confiance au changement radical. Les égalitaires se font de souci sur la compétition farouche pour les techniques d’amélioration. Et chacun peut avoir le réflexe ‘beurk’ en observant les manipulations sans précédent de notre biologie ».
Pinker en vient ensuite à l’analyse du rapport. La bio-éthicienne Ruth Macklin, qui avait fait sensation en 2003 en déclarant que la dignité est un concept inutile et qui a partiellement motivé le travail, n’a pas été invitée à exposer ses vues ou à répondre à ses critiques. Sur les 23 intervenants, quatre (dont le président du Conseil) sont des avocats ardents de la place de la religion dans les affaires publiques (Leon Kass, David Gerlentner, Robert George, Robert Kraynak) et onze autres travaillent dans des institutions chrétiennes (dont neuf catholiques). Aucun des contributeurs n’est chercheur en science de la vie, ni psychologue, ni anthropologue, ni sociologue ni historien. Nombre d’auteurs ne dédaignent pas fonder la dignité humaine sur leur lecture de la Bible, parfois littérale. Au point que Pinker s’emporte : « Comment les États-Unis, locomotive mondiale de la science, sont arrivés à cette situation où ils abordent les problèmes éthiques de la biomédecine du XXIe siècle en utilisant des histoires bibliques, de la doctrine catholique et des allégories rabbiniques confuses ? » Le psychologue pointe notamment le rôle important de Leon Kass dans cette affaire, président du Conseil de bioéthique mis en place par Bush, figure centrale et institutionnelle de la réflexion nord-américaine, n’ayant jamais caché son hostilité aux avancées de la biomédecine depuis les premiers bébés-éprouvette dans les années 1970.
Au-delà du cas Kass, Pinker pointe l’influence croissante des « Theocons » (Damon Linker) dans la vie intellectuelle américaine, c’est-à-dire des conservateurs d’inspiration religieuse. « Depuis deux décennies, un groupe d’activistes intellectuels, dont beaucoup ont sauté de l’extrême gauche à l’extrême droite, nous a pressés de repenser les racines de l’ordre social américain issues des Lumières. La reconnaissance du droit à la vie et à la liberté, la poursuite du bonheur et le mandat du gouvernement de protéger ces droits sont bien trop tièdes pour une société pleinement morale. Cette vision appauvrie n’a mené qu’à l’anomie, à l’hédonisme et à un comportement immoral rampant, illustré par les naissances illégitimes, la pornographie et l’avortement. La société devrait viser plus haut que cet individualisme creux et promouvoir la conformité à des standards moraux plus rigoureux, ceux qui pourraient s’imposer à nos comportements par une autorité plus grande que nous-mêmes ». À quelques détails près, cette déferlante conservatrice existe aussi bien en Europe où elle bénéficie d’une moindre attention aux libertés individuelles et aux droits de l’homme, d’une emprise ancienne de l’Église catholique, d’un rôle plus important de l’État dans la direction des comportements sociaux, notamment dans la gestion biomédicale de la société.
Enfin, Steven Pinker expose ses raisons de douter de l’intérêt du concept de dignité : la dignité est relative (à l’époque, au lieu, au point de vue de l’observateur) donc subjective ; la dignité est fongible (au sens où, en permanence, nous accomplissons des actes peu dignes parce que nous préférons valoriser notre vie, notre santé ou notre sécurité) ; la dignité peut être dangereuse. Laissons-le conclure : « Même si les progrès ne sont retardés que d’une décennie par les moratoires, la paperasserie et les tabous fondateurs (pour ne rien dire des menaces de procès), des millions de gens souffrant de maladies dégénératives ou manquant d’organes vont souffrir et mourir sans nécessité. Et cela serait le plus grand affront à la dignité humaine, après tout. »
PS : dans le dernier Nature, un éditorial revient sur ces questions. Il mentionne notamment le cas de la Suisse qui a voté en 2004 une loi protégeant la dignité des plantes, des animaux et de toutes les formes de vie. Deux universités ont été obligées de faire appel à la Cour suprême pour préserver des conditions raisonnables de travail.
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